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26/04/2017

TURBULENCES

Je sais tes eaux versatiles et tes ressacs ombrageux. La violence de tes cataractes entrecoupant l’image superbe d’un arrière-pays à la traîne de feu. J’avance entre jardins byzantins, et coupures au cœur. Quand blessée, délaissée, et ignorée je traverse tes territoires de turbulences parmi cendres et fumées, le ciel se resserre, mes yeux se désolent. Seul me revient la griffe d’un écho solitaire. Je ne trouve que le puits de ton silence, ton vide qui s'abat à découvert.  

Je cherche ta défense contre les ombres qui semblent machiner à ma perte. Ma lassitude parfois chargée comme un rameau courbé au seuil de la rupture. J’entends le pain de ma colère me fouetter au cœur avant de retomber se briser sur un galet de rivière. Le bruit de mes voix se tait dans la clémence et le parfum d’une douceur secrète… Je voudrais être la colombe aux ailes dorées qui unifie tes opposés, l’étreinte de la vague immense qui apaise tes tempêtes.

Devenue le témoin de tes faiblesses, de tes instants fragiles. L’équipière de tes combats chevaleresques, du creux de tes hostilités. Ma main posée sur ta poitrine ne se dérobe pas. Constante et ancrée, je demeure la pierre ferme qui reçoit tes pas. L’argile que tes paumes d’artisan façonnent, et dont chaque courbe et chaque endroit te sont destinés.

Du réveil au sommeil. Tout me conduit à toi. Le vent frémissant, l’eau, le vin et la saveur de la terre. La fulgurance de nos âmes aimantées. L’aurore mouillée de tes baisers, tes bras qui comme un fleuve m’enserre. Tu es celui que j’ai choisi pour dédoubler la vie.

Ariana Barras

20/04/2017

MA CAPITALE SANS MURS

Au-delà de toutes les variantes de nos courbes. Depuis toi, mon monde s’est rempli de feu et de bleu. J’avoue mon adhésion tenace à ma douce subversion. Tu es le pouls de mon insurrection qui se répète comme un éblouissant mouvement. L’inversion de l’ennui d’un hiver transi. Le geôlier qui dépose à mes chevilles des anneaux de jasmin. La feuille parfumée de mon thé blanc. Le frelon dont j’accepte la délicieuse morsure.

Le temps immense de notre récit est une racine acharnée qui cherche l’eau et la vie. Au fil des saisons, les floraisons n’ont pas cessé, ni les rameaux de se multiplier. Feuillage après feuillage, fruit après fruit, notre jardin  impudent qui aura exigé tant de temps se dore de figues et d'amandiers. Tu es ma terre forte et le sel de ma vérité. La glaise dont le travail ne se suspend jamais. La porte d’or à la faste clarté de mon bonheur discret.

Chaque matin j’ai ton visage dans mes yeux de sommeil et sur la toile de l’aube, tandis que le jour circule flambant sur nos coteaux avant de s’effondrer dans une tunique orangée. La nuit qui te connait va jusqu’à récuser l’obscurité en traçant des cercles à la chevelure d’argent sur ton sillage d’explorateur aux sabots ailés. De ciel en ciel, de ciel promis en ciel inouï. Avec l’exactitude céleste, tu es celui qui fait naître mes syllabes, et qui donne à mes souffles la vie.

Ariana Barras  

09/04/2017

SE RESSAISIR DU TEMPS PERDU

Quittant la nuit sans la froisser comme une amante satisfaite de baisers. J’écume l'indigo de la ronde céleste de mes prunelles. Saisissant dans mes bras son plafond panaché d'étoiles. Je me dis que la voilure de la vie est belle. En véritable exaltée, de toutes mes forces je fuis l’ennui qui rode derrière ce joli fracas sidéral. J’entends la course des astres se jouer de la cire de nos vies, et de mon récit guetté par le chardon de l'oubli.

Nous sommes des instrumentistes modelant l’argile et l'eau aux existences fuguant vers une demeure de sable, plus ou moins conscients que seul le peu et le vrai résistent. Nous endiguons si peu de choses avec nos manœuvres d’humains et de glaise. Pourtant, tu retiens mon temps. Contre toi, j’oublie la courbe de l’automne. Tu prends en moi ce que j’ai de meilleur pour en faire un aria en ré majeur.  

Et puis coûte que coûte, j’ai le désir farouche d’aimer la vie. Il faut l’aimer pour qu'elle ne vous déteste pas. Frotter son visage contre la rosée quand l’aurore vient mouiller la terre. Planter ses yeux vivants dans le lustre frémissant. Retenir son souffle comme on retient ses rêves. Il faut l'aimer comme une bête au petit jour prête à passer le guet. L’aimer comme un oiseau transi regardant le monde se vider avec ses yeux de charbons remplis de constance et d’espérance. L’aimer à en découdre encore pour ne jamais cesser de bouleverser l’ordre installé. Demeurer un navigateur paré à attaquer la mer pour en boire jusqu’à la dernière gorgée. Et ne pas cesser de voir nos âmes s’unir par le fond du ciel et par le sommet.

Ariana Barras   

01/04/2017

DE JOUR EN JOUR

La couche luisante soutenant l’éclat des matins souverains s’approche comme un funambule. Une légion de brume s’élance de nos bas-fonds pour les dissiper. Mon regard recommence son ascension en creusant l’histoire de ces pierres polies par des milliers de pas. Nos sommets manifestement conçus pour se rapprocher du ciel sont l’œuvre d’une dentelière. Paysages dépourvus de clous, chevillés par un artisan. Blocs de taille abattus par un sculpteur. Ici le monde entier semble achevé. Le divin paraît avoir aboli le cordeau et la géométrie en installant le règne de l’harmonie. Çà et là des gargouilles naturelles émergent de la pierre.

Des halos de Saints éclairent les tuiles des abbayes, et les anathèmes des siècles passés exhalants le sceau du mal et du bien antique. Par-dessus l’horizon égrenant ma saison, le mât de l’aurore se lève sur mes Corbières aux flancs millénaires. J’y revendique l’arche de la sérénité comme un droit suprême. Terre de feu depuis le commencement du monde. Cathédrale de pierre silencieuse et altière scintillant sur l’estuaire du jour. Je suis un voyageur otage de la tiédeur versée sur les paumes de ses mains. Je me sens l’âme d’un architecte illuminé pourvu d’une équerre de lumière et d’un fil à plomb résorbé.

Je fais les comptes de ce qui reste sur le sol rincé par un trop plein d’eau. Je surprends l’assaut de la grâce se hisser tout en haut de cette toile façon renaissance. Le soir est une robe en crêpe de chine entre mauve et rubis. Une artillerie d’étoiles intemporelles me donne le temps d’interroger le ciel. Je sais que tous les sons entendus sont réunis dans la perfection d’une mélodie. Que ma vie est aussi légère qu’un filet de lune courant dans un ruisseau. Qu’il nous faut boire sans tarder l’élixir de notre coupe sacrée.   

Ariana Barras

24/03/2017

LE TRAIT EN LIBERTE 2

Le seul exercice qui vaille reste ma pérégrination dans le plein de la vie que j’alimente de touches vigoureuses. Et le vaste champ d’exploration que mes langages retournent sans relâche. Aucune vérité universelle ne traîne ses guêtres ici. Seulement d’humbles outils qui pointent la voie de ma propre vérité. Je trace l’ombre sur des feuilles pour extraire la lumière du fond de mes modestes défis, qui ne sont qu’une somme de prétextes heureux dont l’enjeu est d’exister.

Je persévère à souffler sur le minuscule éclat rouge de la course sauvage de l’existence. Intense et sensorielle, j’ai le goût de la précision et de l’inachevé. Mes mondes sont des constructions où baignent mes aurores, mes  musiques, ton absence, et la solitude de mes silences. Une mise hors du temps sur laquelle se fixent des instants d’éternité et la lutte contre l’oubli. Je ne grave pas ma postérité mais j’envisage le peu qui se transmet alors que mon livre s’éteint doucement.  

A travers le portrait d’un Autre, je persiste à me rencontrer. Une succession de coups de crayon. Une énième et légère pression des doigts, les yeux se précisent et me considèrent. Examinent mon âme et ses états. Me pousse dans mon confessionnal. A l’aveu de ma force et de ma fragilité. La mise en œuvre d’un visage est un enfantement. Celle d’un Être qui observe, et s’interroge.

Ce reflet de moi-même me retourne un objectif qui selon mes émotions s’imprime d’amour ou d’une réplique sans la moindre concession. Dans ces moments, j’ai le sentiment d’être arrivée au bout… Au fond de moi. La mise à nu est toujours une mise en abyme. Chaque visage est en réalité un autoportrait clandestin tout juste dissimulé. Ne reste que l’extrait de soi. La lumière blanche qui scintille quand tout le superflu a été retiré.  

Ariana Barras