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05/01/2017

LE SENS DE SOI

Je ne possède toujours pas la définition du bonheur, sans quoi je vous livrerais la recette comme je transmets parfois mes secrets culinaires. Néanmoins, je sais la saveur du plaisir, la sensation du désir, l’émotion de l’instant, de la découverte, de ce qui m’envahit quand la beauté est saisissable, quand la splendeur du génie s’empare de mon regard, ou quand les notes inondent mes sens comme une vague.

Tout ce qui me traverse me rend si vivante. Tout ce que je crée me dit que j’existe. Chaque matin j’entends clairement l’appel inexorable de la vie, la rougeur du présent ici et maintenant, de celui où je veux être, de celui où je suis. Je savoure le don de la vie comme quelqu’un qui renait au monde.

Quant aux jours passés, tu devrais savoir que je déteste la mémoire de l’oubli. Sans aucune complaisance pour les souffrances non méritées dont j’ai fait la récente traversée, je garde néanmoins dans mon cœur le plus précieux. En revanche j’ai une entière bienveillance envers moi-même pour cette sortie victorieuse !

Alors je marche, et je continuerai ainsi jusqu’à l’avant de mon dernier silence, où je trouverais bien quelques arguments pour négocier convenablement les conditions de cette ultime randonnée.

Mais pour l’heure, si tu savais mon désir d’exister, de découvrir, et de vivre, et d’ailleurs, c’est peut-être là une définition du bonheur !

Ariana Barras  

03/01/2017

LE PUITS DE L'ENFANCE

Descendre au puits de l’être pour se raconter invite fatalement à s’immerger dans le puit de l’enfance que j’ai décrit à l’encre noire du vide laissé pour m’inclure dans ce qui fût et ce qui est. Nous avons tous un puits en mémoire au fond d’un jardin. Le mien s’illustrait par deux fers forgés croisés en ogive semblant se recourber sous la charge des seaux d’eau. Bordé par le miroir de sa margelle luisante clairsemée de fleurs, de ses pierres grisâtres travaillées par l’humidité et le temps, patient comme l’eau dormante et altier sans être vraiment fier.

Cet antre dont je ne m’approchais que protégée par la main robuste de mon Grand Père renfermait étrangement toutes mes peurs. La noirceur de l’obscurité, le silence sourd et le froid funeste des choses qui se meurent, me renvoyaient à l’autre versant sombre de ma petite existence. Cette enfance paradoxale a construit ma pensée, en éprouvant la claire conscience qu’il était fondamental de connaitre la mélancolie de l’obscurité pour embrasser toute la profondeur de la lumière. Et si les cycles replacent l’homme au centre de l’univers, c’est aussi pour mieux nettoyer sa pensée en le ramenant à ce qu’il est, une infime goutte d’eau au milieu de ton étang.

Quelque part dans ce loin, il m’est apparu que l’harmonie se nichait dans ma capacité à transcender la disgrâce en beauté. Alors au milieu de ce fracas de nuances j’ai puisé à foison la source de ma joie de vivre, la force et le désir de saisir dans mes bras l’invitation de la vie reçue par brassées dans ces jours dorés m’annonçant souveraine au bord du monde qui m’appartenait, comme les portes de cette année qui s’esquissent pleine de clarté !  

Ariana Barras  

25/12/2016

POUSSIERES D'ETOILES

Ne sais-tu pas qu’il en est de la vie comme il en est des Êtres ? Pour prétendre « aimer », il faut en aimer aussi les aspérités. C’est ainsi que j’ai appris à aimer la vie, en prenant d’elle toutes ces heures à la fois et non pas seulement ces soleils. Le manteau de pénitent m’a paru parfois très lourd, tellement injuste dans mon cœur d’enfant et de femme tant de fois bleui.

Néanmoins la souffrance demeure un révélateur de connaissance de soi et de vérités intimes. Et ces sentiers si peu carrossables m’ont divulgués toutes mes richesses que je vois briller comme un petit jardin d’étoiles. Inlassablement émerveillée de mes forces, de mon désir de vivre toujours supérieur à la volonté que les autres ont eu à m’anéantir !

J’ai appris à jouir de l’instant comme peu, des cailloux blancs insignifiants semés dans mes allées comme des résidus de lumière. Consciente que la vie se tient à ma fenêtre quand je m’endors, préparant tous ses fruits, ses silences délectables, ses buissons d’oiseaux. Quel que soit sa parure, je reste en haleine devant elle, prête à saisir ses trésors comme une voyageuse passionnée s’emploie à prendre le bonheur en otage. Tout comme j’accepte ton geste attentionné. Saurais-je être insensible aux fleurs du bien ?

Alors je t’offre pour quelques instants de voir la féerie de Noël se fermer avec mes yeux. Cette nuit déjà avancée orange et noire où tout se mêle et se reprend, ravivant les courbes amoureuses de la lune et la foudre merveilleuse de ses reflets comme la plus belle des eaux renversée sur les cimes blanches et la nudité de la terre, on croirait presque un ciel de tendresse s’écoulant sur nos joues.

Ariana Barras

22/12/2016

LA COURBE DE NOS SAISONS

Pour jouer en harmonie, il faut jouer à quatre mains, « l’entendu et l’émis ». Ces échos que j’ai manqués d’émettre et qui ont tant fait défaut à notre histoire. Récemment je me suis fait le serment de ne plus m’y dérober. En consacrant ta si belle énergie à fuir cette passion non désirée, tu as peu à peu terni puis détruit l’éclat de nos échanges en réduisant notre horizon à cette grisaille qui m’a tant pesée! A trop vouloir anéantir une histoire, on finit par la tordre jusqu’à la distordre. Néanmoins la chose biscornue n’est qu’une image projetée sur notre romance qui ne défalque rien à sa véritable substance ! Cependant soumise à ce pénible climat, je conviens t’avoir « mal » aimé. Loin du désarmant dessein que j’avais esquissé. User de sagesse et d’intelligence pour se préserver des discordes et des notes monocordes, se livrer au partage d’émotions intenses, s’abandonner au plaisir, retarder les heures en se donnant le meilleur afin de mystifier tout ce que la vie nous reprend inexorablement.

On ne replante pas une existence, mais mon appétence pour la vie a retrouvé l’éloquence d’une poésie prenant les embruns. Alors comme tout artiste animé par le désir de créer et de se recréer, mon regard s’embarque bien en deçà de ma toile vers de nouveaux territoires, que j’envisage et dévisage au seuil de l’indécence de l’aube comme la douce mélodie de l’inconnue. L’ombre bleue d’une mésange, un grain de raisin, ce qu’il faut de déraison, une nuit blanche, l’inexplicable beauté du monde. Il y a toujours des épis de blé prêts à se lever pour celui qui survit et il m’en faut peut pour banqueter !

Ariana Barras  

18/12/2016

LE TEMPS DES MOISSONS

Encore une bouteille à la mer... Là où j'expose les dommages subis par la lame de ta dague. Tu lis mes silences comme une contrainte que je me serais imposée comme s’ils relevaient du registre des actes délibérés. Mais à présent peu m’importe, mon intention reste belle et rien de saurait l’entamer ! Pour aller plus loin, en déposant à tes pieds la reconnaissance de mes défaillances, je n'ai pas simplement posé la besace de nos carences réciproques que je n'ai plus aucune raison de porter.

En admettant ma vulnérabilité face à la douleur, j'ai acté mes manquements pour les utiliser et me faire le serment de les combattre coûte que coûte ! Prendre conscience de ses imperfections est le premier palier, les avouer en est un autre, quant au dernier il passe par la volonté de ne pas les reproduire et celui-ci nécessite un bon coup de maillet ! Et étonnement il a été fabuleusement indolore, et pour cause je ne nourrissais déjà plus le tissu de ma faiblesse.

N'ayant pas un goût naturel pour l'obscurité, je n'ai eu ni la complaisance ni même le désir de m'étaler avec elle dans un long fleuve hivernal en éclusant ses eaux saumâtres. Pour laisser place à la joie de vivre qui me caractérise et t’annoncer qu’elle est bien là à renaître avec un grain de gourmandise, vivante comme moi et même plus qu'avant !

Voici ce dimanche éclairé comme un trésor vidé de son hiver portant en lui la vraie flamme de notre St Jean, la superbe lumière de ma renaissance ! Prends ce triomphe avec moi comme une belle récolte, celle du bon grain sur l’ivraie que je t’offre à partager pour te donner autant de force que tu peux le désirer. Car désormais pour fermer décembre et ouvrir janvier je n’ai que cela à te donner si ta fenêtre est encore ouverte ? L’éclat de ma joie, ma douceur infinie et tout le mordant rougeoyant de la vie !

Ariana Barras