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09/04/2017

SE RESSAISIR DU TEMPS PERDU

Quittant la nuit sans la froisser comme une amante satisfaite de baisers. J’écume l'indigo de la ronde céleste de mes prunelles. Saisissant dans mes bras son plafond panaché d'étoiles. Je me dis que la voilure de la vie est belle. En véritable exaltée, de toutes mes forces je fuis l’ennui qui rode derrière ce joli fracas sidéral. J’entends la course des astres se jouer de la cire de nos vies, et de mon récit guetté par le chardon de l'oubli.

Nous sommes des instrumentistes modelant l’argile et l'eau aux existences fuguant vers une demeure de sable, plus ou moins conscients que seul le peu et le vrai résistent. Nous endiguons si peu de choses avec nos manœuvres d’humains et de glaise. Pourtant, tu retiens mon temps. Contre toi, j’oublie la courbe de l’automne. Tu prends en moi ce que j’ai de meilleur pour en faire un aria en ré majeur.  

Et puis coûte que coûte, j’ai le désir farouche d’aimer la vie. Il faut l’aimer pour qu'elle ne vous déteste pas. Frotter son visage contre la rosée quand l’aurore vient mouiller la terre. Planter ses yeux vivants dans le lustre frémissant. Retenir son souffle comme on retient ses rêves. Il faut l'aimer comme une bête au petit jour prête à passer le guet. L’aimer comme un oiseau transi regardant le monde se vider avec ses yeux de charbons remplis de constance et d’espérance. L’aimer à en découdre encore pour ne jamais cesser de bouleverser l’ordre installé. Demeurer un navigateur paré à attaquer la mer pour en boire jusqu’à la dernière gorgée. Et ne pas cesser de voir nos âmes s’unir par le fond du ciel et par le sommet.

Ariana Barras   

02/04/2017

COMMENTAIRE

« QUE LA MONTAGNE EST BELLE ! » :

La décision de voir la vie dans la collision de l’obscurité et des scintillements transparaît parmi tes revenances infinies. Ton appétence au bonheur s’affute postée à l'affût des palpitations. Pavoisant de préférence insolente, ta lumière s’est joliment irisée sous des milliers de pas accomplis. Tu nous la racontes avec la persévérance et la générosité qui frappe ta poitrine. A l'évidence, et se moquant du sable d'hier, ton automne devenu éblouissant se multiplie !

Ariana

COMMENTAIRE

L'aptitude au plaisir, au bonheur est un don perfectible. Apprendre à découvrir cette si petite étincelle qui peut faire briller, ne serait-ce qu'un instant, ce moment qui vous parait terne. Tout s'apprend, tout se découvre, il suffit d'y mettre son temps.

01/04/2017

DE JOUR EN JOUR

La couche luisante soutenant l’éclat des matins souverains s’approche comme un funambule. Une légion de brume s’élance de nos bas-fonds pour les dissiper. Mon regard recommence son ascension en creusant l’histoire de ces pierres polies par des milliers de pas. Nos sommets manifestement conçus pour se rapprocher du ciel sont l’œuvre d’une dentelière. Paysages dépourvus de clous, chevillés par un artisan. Blocs de taille abattus par un sculpteur. Ici le monde entier semble achevé. Le divin paraît avoir aboli le cordeau et la géométrie en installant le règne de l’harmonie. Çà et là des gargouilles naturelles émergent de la pierre.

Des halos de Saints éclairent les tuiles des abbayes, et les anathèmes des siècles passés exhalants le sceau du mal et du bien antique. Par-dessus l’horizon égrenant ma saison, le mât de l’aurore se lève sur mes Corbières aux flancs millénaires. J’y revendique l’arche de la sérénité comme un droit suprême. Terre de feu depuis le commencement du monde. Cathédrale de pierre silencieuse et altière scintillant sur l’estuaire du jour. Je suis un voyageur otage de la tiédeur versée sur les paumes de ses mains. Je me sens l’âme d’un architecte illuminé pourvu d’une équerre de lumière et d’un fil à plomb résorbé.

Je fais les comptes de ce qui reste sur le sol rincé par un trop plein d’eau. Je surprends l’assaut de la grâce se hisser tout en haut de cette toile façon renaissance. Le soir est une robe en crêpe de chine entre mauve et rubis. Une artillerie d’étoiles intemporelles me donne le temps d’interroger le ciel. Je sais que tous les sons entendus sont réunis dans la perfection d’une mélodie. Que ma vie est aussi légère qu’un filet de lune courant dans un ruisseau. Qu’il nous faut boire sans tarder l’élixir de notre coupe sacrée.   

Ariana Barras

25/03/2017

COMMENTAIRE

Décidément la sensibilité n'est pas la moindre de vos qualités ! Merci.