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01/04/2017

DE JOUR EN JOUR

La couche luisante soutenant l’éclat des matins souverains s’approche comme un funambule. Une légion de brume s’élance de nos bas-fonds pour les dissiper. Mon regard recommence son ascension en creusant l’histoire de ces pierres polies par des milliers de pas. Nos sommets manifestement conçus pour se rapprocher du ciel sont l’œuvre d’une dentelière. Paysages dépourvus de clous, chevillés par un artisan. Blocs de taille abattus par un sculpteur. Ici le monde entier semble achevé. Le divin paraît avoir aboli le cordeau et la géométrie en installant le règne de l’harmonie. Çà et là des gargouilles naturelles émergent de la pierre.

Des halos de Saints éclairent les tuiles des abbayes, et les anathèmes des siècles passés exhalants le sceau du mal et du bien antique. Par-dessus l’horizon égrenant ma saison, le mât de l’aurore se lève sur mes Corbières aux flancs millénaires. J’y revendique l’arche de la sérénité comme un droit suprême. Terre de feu depuis le commencement du monde. Cathédrale de pierre silencieuse et altière scintillant sur l’estuaire du jour. Je suis un voyageur otage de la tiédeur versée sur les paumes de ses mains. Je me sens l’âme d’un architecte illuminé pourvu d’une équerre de lumière et d’un fil à plomb résorbé.

Je fais les comptes de ce qui reste sur le sol rincé par un trop plein d’eau. Je surprends l’assaut de la grâce se hisser tout en haut de cette toile façon renaissance. Le soir est une robe en crêpe de chine entre mauve et rubis. Une artillerie d’étoiles intemporelles me donne le temps d’interroger le ciel. Je sais que tous les sons entendus sont réunis dans la perfection d’une mélodie. Que ma vie est aussi légère qu’un filet de lune courant dans un ruisseau. Qu’il nous faut boire sans tarder l’élixir de notre coupe sacrée.   

Ariana Barras

25/03/2017

COMMENTAIRE

Décidément la sensibilité n'est pas la moindre de vos qualités ! Merci.

COMMENTAIRE

L’introspection est votre sujet (revient souvent). Encore bien traité. On se prend à se sentir soi-même artiste face à sa toile.

COMMENTAIRE

" Pilate tue l’esprit. Mais au lieu de le mettre en croix, il met une croix dessus. Et c’est toujours la même opération, toujours à refaire, mais on n’a pas assez de croix… Le Christ est mort, Pilate est né. Et tout irait parfaitement bien, comme Pilate l’entend, si on pouvait être sûr d’avoir tué l’esprit. Mais les esprits reviennent, comme on dit "…

Alain    

24/03/2017

LE TRAIT EN LIBERTE 2

Le seul exercice qui vaille reste ma pérégrination dans le plein de la vie que j’alimente de touches vigoureuses. Et le vaste champ d’exploration que mes langages retournent sans relâche. Aucune vérité universelle ne traîne ses guêtres ici. Seulement d’humbles outils qui pointent la voie de ma propre vérité. Je trace l’ombre sur des feuilles pour extraire la lumière du fond de mes modestes défis, qui ne sont qu’une somme de prétextes heureux dont l’enjeu est d’exister.

Je persévère à souffler sur le minuscule éclat rouge de la course sauvage de l’existence. Intense et sensorielle, j’ai le goût de la précision et de l’inachevé. Mes mondes sont des constructions où baignent mes aurores, mes  musiques, ton absence, et la solitude de mes silences. Une mise hors du temps sur laquelle se fixent des instants d’éternité et la lutte contre l’oubli. Je ne grave pas ma postérité mais j’envisage le peu qui se transmet alors que mon livre s’éteint doucement.  

A travers le portrait d’un Autre, je persiste à me rencontrer. Une succession de coups de crayon. Une énième et légère pression des doigts, les yeux se précisent et me considèrent. Examinent mon âme et ses états. Me pousse dans mon confessionnal. A l’aveu de ma force et de ma fragilité. La mise en œuvre d’un visage est un enfantement. Celle d’un Être qui observe, et s’interroge.

Ce reflet de moi-même me retourne un objectif qui selon mes émotions s’imprime d’amour ou d’une réplique sans la moindre concession. Dans ces moments, j’ai le sentiment d’être arrivée au bout… Au fond de moi. La mise à nu est toujours une mise en abyme. Chaque visage est en réalité un autoportrait clandestin tout juste dissimulé. Ne reste que l’extrait de soi. La lumière blanche qui scintille quand tout le superflu a été retiré.  

Ariana Barras