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24/03/2017

LE TRAIT EN LIBERTE 2

Le seul exercice qui vaille reste ma pérégrination dans le plein de la vie que j’alimente de touches vigoureuses. Et le vaste champ d’exploration que mes langages retournent sans relâche. Aucune vérité universelle ne traîne ses guêtres ici. Seulement d’humbles outils qui pointent la voie de ma propre vérité. Je trace l’ombre sur des feuilles pour extraire la lumière du fond de mes modestes défis, qui ne sont qu’une somme de prétextes heureux dont l’enjeu est d’exister.

Je persévère à souffler sur le minuscule éclat rouge de la course sauvage de l’existence. Intense et sensorielle, j’ai le goût de la précision et de l’inachevé. Mes mondes sont des constructions où baignent mes aurores, mes  musiques, ton absence, et la solitude de mes silences. Une mise hors du temps sur laquelle se fixent des instants d’éternité et la lutte contre l’oubli. Je ne grave pas ma postérité mais j’envisage le peu qui se transmet alors que mon livre s’éteint doucement.  

A travers le portrait d’un Autre, je persiste à me rencontrer. Une succession de coups de crayon. Une énième et légère pression des doigts, les yeux se précisent et me considèrent. Examinent mon âme et ses états. Me pousse dans mon confessionnal. A l’aveu de ma force et de ma fragilité. La mise en œuvre d’un visage est un enfantement. Celle d’un Être qui observe, et s’interroge.

Ce reflet de moi-même me retourne un objectif qui selon mes émotions s’imprime d’amour ou d’une réplique sans la moindre concession. Dans ces moments, j’ai le sentiment d’être arrivée au bout… Au fond de moi. La mise à nu est toujours une mise en abyme. Chaque visage est en réalité un autoportrait clandestin tout juste dissimulé. Ne reste que l’extrait de soi. La lumière blanche qui scintille quand tout le superflu a été retiré.  

Ariana Barras

22/03/2017

LE TRAIT EN LIBERTE 1

Si je devais me qualifier, j’utiliserais le terme d’expressionniste. Traduire mes sentiments, mes émotions. Aussi loin que je me souvienne, il me fallait m’exprimer. M’exprimer me paraissait aller de soi comme respirer. Saisir un crayon pour trouver le geste du dessin. Saisir un crayon pour dire les mots. Saisir la ligne de mon corps, envisager le déplacement, rompre avec le sol pour me lancer dans l’espace, (ma rupture forcée avec la danse fût une véritable déchirure)... Puis, la peinture est venue plus tard, avec la fascination exercée par de grands Maitres comme Goya, Vélasquez, Modigliani, et tant d ‘autres... La diversité des approches, déconstruction du classique, appropriation fabuleuse et singulière.

C’était l’accès à une liberté plus vaste où la représentation de la réalité me dépassait, m’arrachait au réel perçu et supposé. La liberté au bout du crayon, du pinceau, jusqu’au bout des doigts qui viennent fondre l’intensité de la substance utilisée. J’ai découvert l’aquarelle, puis l’acrylique, et enfin l’huile qui fait don d’elle-même comme on fait don de soi... La rencontre avec le prodigieux concilie l’Être avec le divin. Toutes créations confondues, chaque œuvre de génie dont je me suis nourrie et désaltérée, s’est adressée à mon âme en traversant ma chair comme la lumière. Ces vagues d'émotions m'ont construite.

Mon univers n’a rien d’académique. Il est fait d’écriture graphique, d’écriture picturale, d’esquisses accentuées. On pourrait croire que cette pluralité s’oppose à l’acte de choisir, par la même au refus de renoncer. Inconsciemment peut-être… Toutefois sur ce trajet infini, j’utilise le verbe sous toutes ces formes comme un énoncé de l’intention, ou plus précisément sa mise en mouvement à défaut de ne jamais pouvoir la traduire entièrement. En toute conscience, ces voies se complètent et s’unissent simplement dans une trajectoire céleste vers un désir de beauté, d’absolu et de vérité.  

Ariana Barras  

16/03/2017

PHILOSOPHIE DE VIE

Ma philosophie tient en une courte liste de mots. L’amour comme intelligence, le partage comme science évidente, la fraternité comme vérité, la vie comme une odyssée. Une intelligence d’aimer relevant de l’esprit. De l’intérêt affecté aux autres soutenu par le désir de créer un lien dont nous sommes le ciment. La volonté de connaitre pour comprendre, de comprendre pour être compris, d'exister pour transmettre et partager, d’aimer pour être aimé, de savoir se donner pour recevoir. Extraire le savoir de l’expérience qui fait sens à la vie, et savoir le rectifier.   

Une dynamique s’opposant à l’amollissement de soi, à la peur d’aimer dissimulant la sombre réalité de la peur de vivre. Je déteste la tiédeur, cet indicateur de sous-investissement face à l’existence ! Cet état de complaisance intérieur consistant à convoquer le passé pour entretenir ses lésions, y trouver une suite d’alibis pour régresser. La plus absurde de toutes les batailles serait de retourner contre moi le fleuret émoussé de quelques exutoires appartenant à ma mémoire.

Lorsque je convie la richesse et la beauté de mon passé, c’est en termes d’instrument de perfectionnements. Ma modeste rhétorique, c’est d’être et de demeurer le liant de mon accomplissement. De refuser de laisser tarir la source de ma part humaine au bénéfice de souvenirs briguant à l’orienter non pour la féconder mais pour la déshériter de sa substance vitale, de son noyau fondamental.

Faute d’avoir contracté une aphasie du cœur, j’ai sur l’autre une ouverture vivante. Au fond de mes yeux s’est installée une clarté, une compréhension sensible relayée par l’ardeur et la curiosité. La lueur de l’expérience désireuse de toujours s’accentuer. Un goût certain pour l’incendie de la vie qui m’octroie toutes les raisons de la consumer ! Alors, quand ton visage s’éclaire, que tes bras s’ouvrent, c’est une première fois à chaque fois, une offrande renouvelée, une continuité d’instants inédits.   

Ariana Barras  

14/03/2017

D'UNE INFINIE SIMPLICITE

Sous ce ciel d’un bleu insensé avide de pierres arides, de chaises fendues de fatigue et de vieux moulins désarmés. Dans ce pays de carignan carrossé fut un temps par des hommes forts et fiers et des charrettes foisonnant le raisin de la terre, les villages se mêlent de tous et de tout. Du soleil chaulant les vignes et les sentiers, du nom des fleurs, des oiseaux et des étoiles. Ici se fredonne le charme des bancs usés sous les fenêtres pastorales où s’accrochent les roses éclosent sous le vent et les secrets. Une cour discrète sur laquelle des messagers descendent le soir pour raconter une passion amoureuse dérobée. L’obstination des superstitions et des légendes adossée aux traditions installées autour des fontaines. Les dalles résignées des églises aux chœurs vides et voûtées. Il y a chez nous de quoi ôter tout prétexte à l’obscurité.

Il est six heures, dimanche luit dans les couleurs du levant sur mes pieds nus et ma chemise blanche retroussée. Fredonnant un aria pris entre mes lèvres malhabiles, soulevant de mes mains blanchies, la farine, le sel, la levure et la première eau. Pétrissant et façonnant. Pliant et repliant. Accomplissant ma modeste peine penchée sur mon ouvrage. A cet instant précis je pense au pain patiemment élaboré que je poserai à midi au centre de la table comme si j’en étais le levain. Je pense à la finalité, au partage qui sera fait, à ce moment sacré. A l’évidence du mot « agapé », dont la définition me semble toute entière et résolument saisie dans ces gestes fondés de générosité. Dans l’immense simplicité d’une petite chose qui nous unit. Rappelant la véritable vocation du pain façonné par les mains en résonance avec l'esprit de nos agapes, nourrir chacun au-delà de la chair par le partage, le don de soi et la transmission.    

Ariana Barras   

03/03/2017

FAISEURS DE DEROUTE

En résonnance avec toi. Marianne fille éplorée de la République regarde sa mise en berne sans drapeau puisque désormais déposséder de ses siècles de culture expédiés aux oripeaux. Dévorés par l’amertume d’une déconvenue non assumée, le désaveu marqué sur le portrait. La rançon des prélats déchus se paye à taux d’usure comme les emprunts d’états valsent en démesure.

On aurait pu croire que le tumulte au loin venant de l’horizon, était celui de la cavalcade des sabots. Ce ne sont que vacarmes arrangés. Que le bruit des chaînes rompues monterait en récital à la pointe du jour. Que non ! Point de contestation ! Il faudrait être debout pour s’en défaire à coups de bâton ! 

La hiérophanie tient bon le pavé avec sa dictature insidieuse qui selon avance laborieuse dans son entreprise de démolition. Les trottoirs demeurent livrés à un long sillage de chiens pissant sur les réverbères. Et toujours pas de grognards à l’horizon pour aller chercher querelle à l’empereur et à sa horde de suiveurs. C'est vrai qu'il faut se hisser à la pointe de l’indocilité pour aller arracher les gerbes de la liberté.

Je crois que j’ai le cœur en bataille et la page en vers vengeurs !

Ariana Barras