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12/12/2017

CHACUN VIENT AVEC LA VIE ET LA MORT DANS SON CORPS.

« Ce que l’on appelle la vie n’est qu’un bref épisode entre deux grands mystères, qui n’en font en fait qu’un seul » Disait Jung.

Dehors, dans les arbres sans feuillages, la cendre mord le soleil. Ta maison bannie par le ciel est une église sans musique où le temps dure et se mure. J’y traîne mes pas quand la fatigue t’emporte dans un sommeil de misère. Aujourd’hui, tu bois la vie jusqu’à la lie par petites gorgées amères. Au nom de la vérité due au patient. Le quatorze novembre dernier, ta maladie vient d’être nommée. Le diagnostic glacé tombe sur la nuque de ta vie. Le cortège de précisions sur ton état se poursuit… Terrassée par une balle destinée à t’atteindre. Tu n’es déjà plus là. Tu approuves les décisions à prendre sans les interpréter. Devant toi, je tente de masquer mon accablement, après t’avoir quittée je pourrais mordre ma colère contre l’horizon, le condamner à l’enfer, mais pas là, pas encore…

Il n’y a ni bon ni mauvais jour pour ça. Juste un jour qui raye les suivants. Depuis, le temps s’étire sur ce qu’il te reste. A l’intérieur de ta maison, la clarté semble devenue obscène. Ton corps gisant sort tout juste de la pénombre. Dans ce qui s’apparente désormais à ton vestibule, le froid circule comme l’hiver installe ta dernière saison.

Légère comme un papillon, vacillante comme une flamme, tu ne déranges déjà plus rien. Dans ta chambre autrefois si douce, tu respires sans écho. Avec la maladie qui décide de tout. Il a fallu adapter le mobilier pour faciliter les soins. Un lit médicalisé occupe l’espace, près d’une console métallique. En silence, j’invoque ta guérison autour de ton corps assiégé. Tandis que tu économises ta vie, j’embrasse ta peau tiède, parfume ton cou, enveloppe ta main, maquille un peu tes joues, t’écrase d’amour quand mon espérance ne parvient plus à te soulever.

Petite fleur de cire, comment te le dire autrement… ? Ne te presse pas d’être reçue par le Repos.

Ariana Barras

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