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23/07/2017

LA FIANCEE DES EAUX 2

A bord de ce vaisseau tournant avec les astres d’un bout à l’autre du ciel. Je n’étais rien. Rien de plus que ce je que je valais. En mer on ne masque pas ses faiblesses. Je consommais le pain de mon courage, de la persévérance, de la force et de l’endurance. Chacun à sa manœuvre avec rigueur. Les conversations se faisaient rares. Je me cherchais pas à pas dans un silence léger. J’étais en moi. Dans ma sérénité. Quitter sa zone de confort pour s’exposer, amène à se révéler. Au fil de l’eau, j’ai découvert la fragilité de mes certitudes, la modestie de mes vérités, et au besoin la sagesse de savoir s’en délester.

Par mer d’huile, mon esprit s'égarait dans la lumière. Armée de mes carnets, j’agençais mes sensations de navigateur éphémère, de cherchant solitaire. L’alpha et l’oméga des cycles. Les distances mouillées. L’écho léger de l’aube. L’émerveillement de ce qui change et demeure. Le métal bleu de l’eau. La ruade de l’air frais. Le ciel radieux sur la tête des mâts flanqués comme des flèches naturelles. L’ombre trépidante autour du bateau nimbé de clarté. Le crépuscule flambant qui abolissait mes paradoxes. Tout me remettait à la vie comme toi aujourd’hui.

Chaque creux m’ouvrait une nouvelle réalité, je cheminais vers la géographie de ma destination à ne plus avoir que la terre comme alliée. Songeant parfois à un temps où l’homme agissant comme un explorateur se surpassait sans rechercher pouvoir ou fortune. A un temps où l’homme conscient d’être si peu, s’essayait seulement à prouver non pas sa grandeur mais celle des hommes. Entrée par la porte du monde, le pouls un peu plus fort. Sous les hanches de la lune, embarquée sur les reins de la mer comme une héritière de fortune, je recevais la sentence de la liberté, le travail du vent, et le chant prodigieux de l’univers.   

Ariana Barras  

22/07/2017

LA FIANCEE DES EAUX 1

Part le châssis de pierres de ma lucarne taillée aux ciseaux d’un artisan, du sol jaillit la rouille du temps. Je voudrais tant ajouter une vie à ma vie. Nous nous sommes si peu dits. J’ai tant encore à t’écrire. Tant d’humbles poésies. Tant de moi à te dire. Processions de récits, de sagesses et de philosophies qui m’ont façonnée comme on éparpille de petits secrets. Dans les fragments vaincus, la nuit s’abat déjà. La lune lisse et ronde quitte le souterrain du monde pour venir s’accrocher dans l’immensité. De ce lac profond émerge la proue soyeuse des étoiles et leurs nageoires détachées. Un raz de marée d’argent se lance sur l’océan. Mon vaisseau est point renaissant, une embarcation promise au vent. Sa flèche trempe dans les eaux en mouvements.

En mémoire mes années de navigation. A sentir ce sol mouvant dans le vaste magistral. A être replacée sans cesse dans ma condition fragile d’humain impuissant. L’observation n’est pas nécessairement rassurante et dès les premiers actes, la mer pondère immédiatement les éventuelles velléités contestataires. La confrontation avec les éléments enseigne l’humilité. Comme les brisants que l’on traverse dans l’existence.

Un retour de baume qui t’expédie par-dessus bord, la décharge des vagues d’un gros temps, une tempête qui frappe la coque comme des mains de pierre, le martèlement sourd des fracas angoissants, la crainte de l’avarie, de se blesser, ou pire celle de démâter… Celui grisé par ses victoires terrestres redescend très vite de son image hypertrophiée. La véritable victoire est celle que l’on emporte sur soi. Humble et discrète. Loin des marches de la démonstration et des honneurs. Loin du désir de briller.

Ariana Barras   

07/07/2017

POUR LE PEU ET L'IMMENSE

Décrire les thèmes éternels qui possèdent l’homme. L’humble quotidien flanqué d’objets, de rites et de labeur. Les constructions humaines, les rencontres fraternelles, le déchainement élémentaire de la misère trouvent ici leurs mots. Le jour glacé des endeuillés qui tombe avec sa rectitude d’argent sous le regard de la lune antique quand un F. nous quittent… Cependant que l’ombre usée déserte le plus petit ourlet dans cette contrée que pillent les rayons, la clarté s’abat solide et blanche à l’aplomb de nos instances.

Rues et ruelles se taisent. Mouvements de la raison et des hommes s’apaisent. Les contrastes des Êtres se déclarent et se résolvent. Doucement l’intelligence consume les résistances. La plénitude et la transparence de la pensée attendrissent l’âcre et la dureté des pierres dans un fleur à fleur avec la terre. Le paysage se fend d’une infinie subtilité comme la pluie légère d’une conscience innocente sur le seuil de nos inadvertances. Parfois, il y a des correspondances entre soi et le vaste qui s’étale. Une résonance entre ces deux images qui raconte tout ce qui fait le monde. L’air se trempe d’une tendresse générale. Monte vers ceux qui l’attendent.

Tout semble comme hier. Comme le sont les choses éternelles. L’invisible et l’insondable Grand Mystère. Les cohortes de cherchants solitaires cheminant sans limites vers la connaissance. Le chant des hommes cloués à la terre qui cherchent le salut. Moi qui conforte mes  perceptions, force ma pensée, puis reconsidère mon tracé. Au sommet de mon petit territoire flambe toute une vie de persévérance tendue vers la qualité de mon ouvrage et l’art de le pérenniser. Sans doute pour suivre encore un peu ma trace sur le sable, et retrouver encore ton âme, ta poitrine, et ta bouche si remarquablement consacrée au verbe et au feu de mes baisers.

Ariana Barras