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22/07/2017

LA FIANCEE DES EAUX 1

Part le châssis de pierres de ma lucarne taillée aux ciseaux d’un artisan, du sol jaillit la rouille du temps. Je voudrais tant ajouter une vie à ma vie. Nous nous sommes si peu dits. J’ai tant encore à t’écrire. Tant d’humbles poésies. Tant de moi à te dire. Processions de récits, de sagesses et de philosophies qui m’ont façonnée comme on éparpille de petits secrets. Dans les fragments vaincus, la nuit s’abat déjà. La lune lisse et ronde quitte le souterrain du monde pour venir s’accrocher dans l’immensité. De ce lac profond émerge la proue soyeuse des étoiles et leurs nageoires détachées. Un raz de marée d’argent se lance sur l’océan. Mon vaisseau est point renaissant, une embarcation promise au vent. Sa flèche trempe dans les eaux en mouvements.

En mémoire mes années de navigation. A sentir ce sol mouvant dans le vaste magistral. A être replacée sans cesse dans ma condition fragile d’humain impuissant. L’observation n’est pas nécessairement rassurante et dès les premiers actes, la mer pondère immédiatement les éventuelles velléités contestataires. La confrontation avec les éléments enseigne l’humilité. Comme les brisants que l’on traverse dans l’existence.

Un retour de baume qui t’expédie par-dessus bord, la décharge des vagues d’un gros temps, une tempête qui frappe la coque comme des mains de pierre, le martèlement sourd des fracas angoissants, la crainte de l’avarie, de se blesser, ou pire celle de démâter… Celui grisé par ses victoires terrestres redescend très vite de son image hypertrophiée. La véritable victoire est celle que l’on emporte sur soi. Humble et discrète. Loin des marches de la démonstration et des honneurs. Loin du désir de briller.

Ariana Barras   

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