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03/01/2017

LE PUITS DE L'ENFANCE

Descendre au puits de l’être pour se raconter invite fatalement à s’immerger dans le puit de l’enfance que j’ai décrit à l’encre noire du vide laissé pour m’inclure dans ce qui fût et ce qui est. Nous avons tous un puits en mémoire au fond d’un jardin. Le mien s’illustrait par deux fers forgés croisés en ogive semblant se recourber sous la charge des seaux d’eau. Bordé par le miroir de sa margelle luisante clairsemée de fleurs, de ses pierres grisâtres travaillées par l’humidité et le temps, patient comme l’eau dormante et altier sans être vraiment fier.

Cet antre dont je ne m’approchais que protégée par la main robuste de mon Grand Père renfermait étrangement toutes mes peurs. La noirceur de l’obscurité, le silence sourd et le froid funeste des choses qui se meurent, me renvoyaient à l’autre versant sombre de ma petite existence. Cette enfance paradoxale a construit ma pensée, en éprouvant la claire conscience qu’il était fondamental de connaitre la mélancolie de l’obscurité pour embrasser toute la profondeur de la lumière. Et si les cycles replacent l’homme au centre de l’univers, c’est aussi pour mieux nettoyer sa pensée en le ramenant à ce qu’il est, une infime goutte d’eau au milieu de ton étang.

Quelque part dans ce loin, il m’est apparu que l’harmonie se nichait dans ma capacité à transcender la disgrâce en beauté. Alors au milieu de ce fracas de nuances j’ai puisé à foison la source de ma joie de vivre, la force et le désir de saisir dans mes bras l’invitation de la vie reçue par brassées dans ces jours dorés m’annonçant souveraine au bord du monde qui m’appartenait, comme les portes de cette année qui s’esquissent pleine de clarté !  

Ariana Barras  

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