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30/10/2016

DU SOLEIL SUR LES CENDRES

Loin de les ignorer... Sur le perron du jour suspendu à trois notes dans la gorge d’un oiseau, du bout des doigts j'ai caressé tes mots. Ceux qui avec la poésie et la douceur de ton cœur dessaisi de fierté, s'emploient et s'obstinent à faire renoncer mon hiver, à défaire les mâchoires de glace qui m'enserrent. J’ai quitté l’impression persistante d’habiter dans une faille.   

Bien que l’esprit et l’âme encore blanchis par le froid et la nuit. Je sais la pression forte de ta main, je sais ce courant de chaleur qui circule et m'apaise. Pourtant, les yeux éclos j’ai frémi en débarrassant la cendre de mes yeux, j’ai craint de perdre ce « voir » nouveau.

Alors penchée sur les coupures de mon cahier et l’errance de mon écriture à l’envers, et au-dessus du dégel qui fait briller les choses, j’ai trouvé l'ombre d’une audace bordée de maladresse au fond de ce café sans café... Avant que le bouillon de notre comptabilité ne finisse sous le bastingage usé de nos doutes et de nos regrets, du vide de nos vies et de nos solitudes enfermées.

Je veux apercevoir demain se hisser à travers les branches du couchant qui crépite comme le fond croustillant des feuilles d’automne, pour ébrouer la poussière entre ciel et terre, là où le jour fend la nuit lorsque tu l’éclaircis. A l'endroit où la lumière du soleil aborde le monde pour te le moissonner, et faire un feu avec la vie avec tout ce que tu me dis tout bas pour que je le prenne plus haut dans mes bras.      

Ariana Barras  

23/10/2016

JUSTE AVANT LE JOUR

Écrire c'est se taire, se taire pour se dire et encore nous dire. Nous dire par tous les temps, entre chien et loup dans un rayon de lune et l'argent des moments pressants. Entre le cri du fer écorchant la terre et la trame paisible de l'or de l'automne à l'avant d'hier.

J'ai tant regardé briller le soleil et l'absence de lumière jusqu'à user mes paupières, et faire cligner le ciel. Je ne sais plus le décompte de toutes nos années tant elle se sont additionnées comme nos vies... Tes mots sont devenus le marque page de mes jours. Et quand l'autre soir tu t'es emparé de l'écriture comme Cézanne se saisissait de ses pinceaux.

Le gris cendré et uni de mon tableau a viré au pourpre cuivré sous l'effet de ta volonté et de la douceur de tes petites incantations, de celles qui ensorcellent pour m'achever à force de minuscules formules déposées comme des cadeaux dans mes sentiers.

Travaillant la vitalité de tes couleurs sur mon tissu de douleur et mes matins hésitants. Te faisant architecte de notre univers en me dressant à ciel ouvert trois étoiles en plein couchant. Puis m'annonçant l'origine d'une clarté comme on déclare l'origine de l'humanité. Je crois que tu sais faire reculer le temps !

Alors à présent que j'écoute la chaleur de ta main se glisser doucement dans la mienne. Entend mon brouillard qui se rend, mon hiver qui se fond, écoute ces gouttes légères comme la pluie et la rosée, elles mélangent le ciel et la terre, se posent au sol comme des notes délicates à la manière d'une sonate. Elles sont les petites gorgées puisées aux veines des ruisseaux. Elles sont le dessin du sauvage perçant à travers les feuillages. Elles sont la fraîcheur de l'aube proclamant de s'infiltrer au sommet des volets.

Ariana Barras

 

 

17/10/2016

L'ORPAILLEUR 1

Artisan au Rite des orpailleurs mais à présent comme un disciple ayant troqué son cœur de croyant pour un cœur de mécréant. Me faire encore chercheur d'or dans le sable du fond des rivières pour tenter de subsister malgré le vide pressant et l'absence de clarté, demeure une façon de remorquer tant mal que bien le chagrin qui me cloue le tricot de la mélancolie à la peau. Alors je marche puisqu'il faut marcher vaille que vaille, les genoux marqués par la terre et les pas ralentis et alourdis par ma glaise de misère.

Tout ça pour être allée tant de fois chercher chacune de mes espérances dans mes profondeurs, afin d'éprouver sur mes lèvres le goût de la victoire jusqu'à m'anéantir dans la défaite pour que rien ne puisse suffire à me faire revenir. Et descendre affronter l'eau noire de mes crevasses comme un apnéiste de l'extrême. Finir par déchirer mes parois thoraciques en repoussant toujours plus loin l'instant de chaque remontée pour me confronter à mes ressentis jusqu'à l'overdose, et me sentir suffoquée sous l'effroyable brûlure du manque d'air...

Alors peu importe, sous la voûte plus ou moins étoilée ou le dais violacé de notre figuier, servir ma vérité reste la seule source à laquelle m'abreuver quand tu viens me frôler histoire de me donner encore envie d'y croire, quand je voudrais encore voir ton satin se porter au palais de ma bouche...

Et puis ne pas conduire mon attention vers autrui comme on trace une ligne de fuite vers l'infini pour tenter d'occulter la brèche abrupte de ma nuit. Ne pas me berner ni berner personne en concluant un flirt avec le mensonge. Surtout ne pas me trahir pour ne pas m'expédier à l'opposé de l'ardeur du désir qui me survit, agissant à la manière d'un compas repérant quelques poussières ou pépites d'or dans le cœur des hommes ou sous d'autres ailleurs. Là où trouver mes morceaux de raisons. La raison au bout des mots, la raison au bout des crayons, la raison au bout des pinceaux. La raison de l'eau de mes flaques. La raison de ces bouts de rien. La raison de ces miettes sur ce bout de nappe.

Ariana Barras

12/10/2016

UN PEU DE PLÂTRE SUR NOS FISSURES 1

 

Au nom de tout ce qui fait la force de notre lien. Il me faut t'avouer que de te voir sombrer est toujours aussi douloureux que de sombrer moi-même. Tu sais que mon cœur n'a pas davantage de place pour un excédent d'orgueil que pour la rancœur. Que ma volonté de réparer dépasse tes offenses. Alors je fais le choix de retirer ce manteau de disgrâce que je ne supporte pas plus de voir sur tes épaules qu'entre nous, simplement pour te dire :

" Je te pardonne tout ce mal infligé ".

J'ose espérer que ces mots ne resteront pas en surface, même si tu te dis sauvé par l'émotion de l'écriture. Cette jouissance intense presque sensuelle, issue de ces mots charnels qui nous véhiculent, nous transportent, nous réconfortent, paraissent même nous soigner sur le moment. C'est vrai que le plaisir et la beauté reçues apaisent un peu la douleur, mais crois-tu qu'elles nous sauvent de nous-mêmes...? L'écriture suffit-elle à effacer tout remord, toute marque de culpabilité, toute trace de compassion, tout élan de bonté...?

Ou bien entretient-elle efficacement la distance bien réelle, physique, l'espace que l'on met volontairement entre nous et l'autre pour éviter précisément le face à face, là où l'on refuse de se risquer à prendre les larmes et la douleur brute de l'autre par peur de se faire décomposer le coeur...?

Nous agissons tous comme des révélateurs les uns envers les autres. Du meilleur au plus laid jusqu'au plus simple d'entre nous. Dis-moi, que suis-je capable de révéler en toi...? Si tu savais comme ce mot « Pardon » me contient toute entière. Comme il est l'éclat absolu de ma lumière. Comme il est le fruit de ma confrontation avec les chemins de la dureté et la cruauté, il est toute la force et la beauté révélée par ses expériences intériorisées. Il est le rubis logé dans ma poitrine taillé par trop de vies. Il renferme la vérité embrasée de mon âme façonnée dans les méandres de l'obscurité. Il est le jardin et le jus de mes grenades.

Ariana Barras

11/10/2016

UN PEU DE PLÂTRE SUR NOS FISSURES 2

Que : « la lumière croît et resplendit dans les ténèbres », n’est pas une phrase toute faite sortie de la bible, ou la théorie non déchiffrée d’un manuel d’apprenti. C’est toute la synthèse de ma vie. Les mots vécus, puis médités et pénétrés par mon esprit. C’est là que tous s’anime, lorsque l’Essence primordiale féconde le Verbe, le Verbe où Tout commence comme le matin qui s'ouvre sur un immense jour. Lorsque le Verbe se fait créateur d’intentions et producteur d’actions, lorsque l’ordre né du chaos.

Le sens profond de l’existence sur ce que nous faisons de nos expériences, sur la manière dont elle opère à l’intérieur de notre boue, au fond de notre laideur, soit pour l’entretenir et nous appauvrir, soit pour la nettoyer et nous enrichir. Avant que le ciel ne se ferme sur mes yeux il ne restera que ça, le bien que j’aurais fait, ou le pas trop de mal, et cette richesse, ou cette pauvreté amassée, et comme je crois en un « après », j’aime autant partir avec quelques joyaux…

Ce Pardon est le perron éclairé par la Lumière pure de la Providence où je veux voir resplendir la beauté de nos âmes ! Il est au-delà de tout, une délicieuse manière de nous relever un peu ensemble. La lueur délicate d’une alternative au renoncement, un halo d’espérance, peut-être l’aube d’une renaissance, ou d’un nouveau départ, va savoir...? N’est-ce pas aussi la plus belle des façons de retrouver pleinement et sincèrement la parole que nous avons égarée…?

Et puis, rien ne me trahirait davantage que de me perdre moi-même en reniant ce que je suis, et en cultivant une ivraie que je n’ai pas semée dans mes tranchées. Et tant qu’à faire je préfère et de loin, moissonner le bien, et le beau. Et puis souviens-toi, à nous deux, nous vallons les vallées qui s’étendent sous nos yeux. Et j’ajoute, à nous deux, nous sommes si riches de la chose et des mots !     

Ariana Barras