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23/10/2016

JUSTE AVANT LE JOUR

Écrire c'est se taire, se taire pour se dire et encore nous dire. Nous dire par tous les temps, entre chien et loup dans un rayon de lune et l'argent des moments pressants. Entre le cri du fer écorchant la terre et la trame paisible de l'or de l'automne à l'avant d'hier.

J'ai tant regardé briller le soleil et l'absence de lumière jusqu'à user mes paupières, et faire cligner le ciel. Je ne sais plus le décompte de toutes nos années tant elle se sont additionnées comme nos vies... Tes mots sont devenus le marque page de mes jours. Et quand l'autre soir tu t'es emparé de l'écriture comme Cézanne se saisissait de ses pinceaux.

Le gris cendré et uni de mon tableau a viré au pourpre cuivré sous l'effet de ta volonté et de la douceur de tes petites incantations, de celles qui ensorcellent pour m'achever à force de minuscules formules déposées comme des cadeaux dans mes sentiers.

Travaillant la vitalité de tes couleurs sur mon tissu de douleur et mes matins hésitants. Te faisant architecte de notre univers en me dressant à ciel ouvert trois étoiles en plein couchant. Puis m'annonçant l'origine d'une clarté comme on déclare l'origine de l'humanité. Je crois que tu sais faire reculer le temps !

Alors à présent que j'écoute la chaleur de ta main se glisser doucement dans la mienne. Entend mon brouillard qui se rend, mon hiver qui se fond, écoute ces gouttes légères comme la pluie et la rosée, elles mélangent le ciel et la terre, se posent au sol comme des notes délicates à la manière d'une sonate. Elles sont les petites gorgées puisées aux veines des ruisseaux. Elles sont le dessin du sauvage perçant à travers les feuillages. Elles sont la fraîcheur de l'aube proclamant de s'infiltrer au sommet des volets.

Ariana Barras

 

 

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