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11/09/2016

BLEU DE LUNE

Plus vraiment la nuit, mais pas tout à fait le jour. L’obscurité rode comme un animal errant redoutant de se faire trahir par la lumière, respirant la suie des ruelles qui sourdent délacées d’insolence et d’envie. J’écoute la pluie qui se rit du dénuement des pavés accusés d’encaisser nos piétinements, pour me rappeler que nos errances ne s’éloignent jamais qu’à courte distance.

Et dans le fourbi, et le tas de débris de ce matin, au milieu des vapeurs du thé de chine, rien à dire, rien à écrire, rien qui ne vient crever ma page sous le ruissellement désordonné des mots livrés à ma pensée. Pas un seul ne vient gratifier de sa cohérence mon esprit embrumé, à travers le carreau de ma lucarne qui peine à écarquiller ses paupières.

Pas le moindre souffle d’arrogance pour venir bousculer ma conscience étiolée de nostalgie. Rien à traquer dans le grenier de mes souvenirs à cette heure endormis. Pas le plus petit envol ni la moindre fragrance à détacher de ce ciel de mélancolie. J’ai le cœur froissé et l’âme miséreuse comme un drapé malmené par des heures de pénitence. A ce temps passé à te chercher pour débarrasser la cendre de nos nuits, et s’aventurer à des instants de grâce et de volupté.

Mais il y a toujours un petit cratère prêt à s’ouvrir sous nos faux pas. Et voilà qu’aujourd’hui mon encre file et s’engloutit à huit clos au fond d’un puit. Ma plume a dû venir se briser sur le parapet mouillé de l’audace et de l’extravagance, d’une poignée de désirs peut-être trop dévoilés…? Le matin parait se réfuter comme tes lèvres semblent refuser ma bouche…? Mes élans se blessent sur les arêtes de la marge étroite que tu me laisses. Je crois que j’ai contracté une fêlure dans l’écriture, mes sillons se sont tant essorer par ton absence qu’ils se gercent de ton exil. Je voudrais seulement puiser un trait de lumière à la lisière de tes yeux pour ressusciter d’une journée clôturée sur un soir découragé...

Ariana Barras

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