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26/08/2016

A CROIRE QUE LES ETOILES NOUS COMPRENNENT

Que nous fêtions nos ivresses ou nos verres brisés, nos soleils noirs ou nos matins enchantés. L’écriture est un plaisir privée, une jouissance prolongée comme le fond d’une nuit éclairée par les frôlements d’un amant doux et empressé. C’est un endroit où l’on est seul avec la solitude désirée, un endroit délacé des autres, un endroit sans quoi les mots ne peuvent dégringolés de nos encriers. Une histoire d’amour narcissique et passionnée, un orgueil mesuré que l’on se prescrit comme le Seigneur des nuées qui se met en retrait. L’écrit est un outil magnifiquement limité, la conjonction d’un paradoxe qui descend en nous, nous dissout, et qui cependant coagule la pensée en passant des mots fluides aux mots solides.

C’est un art imparfait à hauteur de notre humanité, comme l’amour vrai a de la tendresse pour nos faiblesses… C’est aussi une manière de confesser notre conscience pesante. De nous rincer de nos doutes et d’écraser nos peurs sur le sol comme des cigarillos fumés, en s’assurant de ne rien risquer sur des terrains que l’on prétend minés. Au fond, je crois qu’écrire est à chaque fois une nouvelle façon d’en finir avec soi. De se creuser pour arriver jusqu’à ce vide qui nous mord après les mots. Ce vide qui se fait manque aussitôt. Même si parfois on se retrouve encombré par cette matière dont on ne sait que faire. Si ce n’est la léguer à d’autres, comme un morceau de chair, une joie béante, un excédent. On se dit que cette encre ruisselant sur nos feuilles assoiffées, va s’écouler ailleurs, va remplir les prunelles fidèles de nos de liseurs, poser nos mots sur le bord de leurs lèvres, et sur l’autel de leurs chapelles.

Ces lignes sarclées dans la glaise alourdie par des trombes de mots semblables à des orages déchirant l’été, qui nous contiennent, et finissent par nous quitter, en circulant de l’obscurité à la clarté, de nos silences à nos cris sourds. Passent du dedans au dehors par la porte basse de nos entrailles dans une délivrance empoignant nos reins. Et puis l’étrangeté de ce sentiment qui nous saisit une fois l’écriture achevée. La dépossession qui s’imposent et qui doit s’imposer pour voir grandir nos écrits, les laisser filer vers leur destinée à la suite de l’effervescence qui nous a pris, comme on prend les bourrasques du vent avec des mots qui viennent comme des matins qui n’ont encore rien fait, des matins à peine éclos, des matins qui arrivent nus, puis plus rien ne nous appartient de la vie de nos écrits, jusqu’à l’oubli.

Jusqu’à la relecture traversée par la souvenance des émotions heureuses qui ont tracées nos sillons, et des pluies désolées qui ont hachurées nos yeux et notre horizon. L’écriture est une aventure avec nous qui va jusqu'au bout de la vie, nous permet de respirer plus haut, et d’exister plus fort. De boire l’air frais du matin comme un animal sauvage lape une flaque d’eau. De rendre le jour moins hésitant, de rejoindre les aigles entre terre et ciel, de se tailler une part de liberté comme deux oiseaux blancs posés sur les ailes du vent croisant vers un même lointain. Comment désormais te le dire autrement que dans l’art de ces petits riens…?

Ariana Barras

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