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14/08/2016

AU NOM DU TEMPS

En parcourant la rambarde des jours d’avant, je me souviens d’un jour crème épaisse qui coulait en paix, c’était l’été de mes neuf ans. Au cours de cette journée, j’ai pris le temps en plein visage comme un accident, j’ai pris sa lâcheté, son indifférence, et son mouvement incessant. J’ai tout pris en lui, dans ses yeux. J’ai pris toutes ses urgences, d’aimer et de vivre chaque instant. J’ai pris conscience de son décompte et du mien, j’ai pris la tristesse de sa jeunesse emprisonnée dans son corps harassé, j’ai pris son impuissance et la mienne, comme je prends tout ça en toi à présent. Depuis cet instant le temps s’est fait accusateur, s’est mis à me dévaler, à m’habiter. Serti au centre de mes écrits, je tente de le placer à distance, de le tordre, de le tronçonner pour le contrer.

Alors, je sais ton appétit double dose pour la vie, pour chaque instant que tu tiens, et pour tes lendemains. Je sais l’immense dans l’infime que tu m’offres... Je sais aussi que le présent n’est qu’une suite d’instants, nos instants passés, manqués, brûlés, nos instants insignifiants, et nos instants à naître et à renaitre… Je sais que le temps nous piétine comme des cendres, se moque de nous, et se paye comptant. Je sais ton urgence, je l’accepte et je la prends, avec ta male de voyageur, ses senteurs, ta soif de liberté et tes ailleurs, avec tous tes bonheurs à l’intérieur rangés en rang serrés comme des cahiers…

Et puis il me reste tant de toi... Le feu de ta flamme, le trouble dans tes yeux, une aiguière de vin en cristal sur une nappe encore blanche, ta force d'homme, une équerre dorée à l'or fin, le désir de tes reins jusqu'aux creux de tes mains, tes vents violents, l'air froid de tes silences, un atelier de mots, des circonstances atténuantes et des braises persistantes. J'ai ton sourire dans demain, et ta lumière qui m'inonde. J’ai ma bouche contre ta peau, et ton parfum contre mes mains.

Ariana Barras

 

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