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31/07/2016

LES SEMAILLES ET LES PASSIONS

Du doute éclairant et nécessaire, au doute aliénant et totalitaire. Qu’il soit un moteur essentiel à la pensée de l’homme, contestataire et semeur de nouveaux doutes pour nous conduire vers notre vérité. Ou qu’il devienne monarque toujours prompt à nous soumettre à sa suprématie, élevé à la hauteur de nos craintes. Occupé à saper toute fondation par le théâtre des opérations de son bras armé de mots prêts à sabrer, embarqués dans la plus pure démesure… Toi et moi le connaissons parfaitement, à nous de lui indiquer sa juste place pour qu’il cesse d’être paralysant.

Pour l’heure je n’ai aucun revers à avouer. Seulement la confession de quelques jours de déroute soutenue par la cadence régulière de tes errances, et de tes doutes marqués de distances, au point de ne pas me croire destinataire de tes dernières séquences épistolaires… Néanmoins, comment amorcer une correspondance sans risquer l’écueil de faire fausse route en couchant mes confidences réservées ?  

Quant à ma compréhension, elle entend le son de toutes tes notes… Ne lui reproche pas quelques faiblesses, elle n’a pas davantage démissionné que ma clémence. Se faisant toujours plus pleine et plus profonde durant la traversée de nos heures sombres. Alors comment pourrais-je ne pas encore aspirer à partager l’abrasion de ton compte à rebours, frappé par la trahison du temps qui reprend tout ce qu’il nous a confié ? En nettoyant la poussière de nos nuits, de nos aurores, et du fond de nos yeux, je souhaitais remettre l’horizon au bout du ciel et réfréner demain. Un projet sans grande éloquence fait de belles insignifiances, de simplicité, de flamme, et de sensualité…

Mais avec qui puis-je convier les fragrances de nos sentiers inhalant la complicité de nos consonances, et le soyeux de notre romance ? Puisque les lignes de ton manuscrit s’entrelacent encore aux miennes et semblent se solliciter jusqu’à la dernière de nos pages. Je peux encore désirer te réserver mes abords les plus privés, et mes tendres et douces allées comme la fraîcheur d’un déjeuner sur l’herbe, ma bouche éclose, et la lumière tombant en prose sur le sol comme une pluie légère de printemps.

Ariana Barras

23/07/2016

SUBLIME RECIT

Notre rencontre accosta en plein juillet, au bord de mon premier jour et de ton cœur bouleversé. Une histoire installée entre l’infortune du brun sépia, et la gouache qui fouettait les jours comme la musique qui colore tout. Les mots, les silences relevés de complicité et d’évidence se faisaient limpide comme l’eau claire. On se voyait jusqu’à la transparence, jusqu’au fond de l’âme lestée par nos heures émargées de mélancolie, de la crainte de t’amoindrir et que ton corps harassé se replie alors même que tu aimais la vie à la folie, si désireux de repartir pour une nouvelle randonnée.

Tu m’étais essentiel, et moi indispensable, comme un jeune volcan débordant de vérité et de vie sur tes jours dont je renouvelais la durée. Alors parfois, je dépouille les sillons tracés depuis que tu as éteins la lumière. Depuis la fin de ton excursion où j’ai dû garder tes yeux dans les miens, lorsque tes paupières se sont désistées pour se clore à jamais sans me consulter. Quand j’ai le vide de ta voix sonore de ténor qui remplissait l’espace comme une salve de rayon arraché au soleil. Alors que la mienne se posait en douceur comme un bourgeon sur le vent. Je plonge dans un de ces matins d'enfance brillant de rosée, calée entre ta joie de vivre éclatée d’ardeur, et l’haleine chaude de mes rêves en hauteur.

Délicatement incliné de côté en appui sur ta canne, j’ai ancré ton élégance digne, ta stature élevée et tes larges épaules te donnant cette apparence de grande robustesse. Tu paraissais soutenir le monde. L’épaisseur de ta chevelure blanche et la souplesse des mèches finissant sur tes tempes, adoucissaient l’énergie de ton regard vert acier et les plis de ton temps passé. Ton charme infini et ton menton décidé, accentuaient l’expression de l’assurance que tu déclinais naturellement comme certains hommes sans en être conscient. Comme lui, pourvu de cette prestance évidente se portant tout autour dès qu’il observe. De la beauté simple de ces traits résolus, posée sur l'aplomb d'une allure discrètement distinguée lorsqu’il se renverse légèrement en avant, dans cette contenance parfaitement pesée. L'association d'un regard éclairé de tendresse et de force apaisante, et encore de son souffle qui me ressuscite.

Le scintillement de notre histoire tombée sur le seuil de nos existences s’est situé bien au-delà des liens du sang. Ce Tout s’est apparenté au cadeau de la vie, au destin qui s’établit pour miroiter avec une magie merveilleuse. Tu m’as laissée des forces, des rires sauvages, mille nuances de lumière. Et surtout l’envie d’être là, dans le monde, de croquer l’instant avec lui, ces parfums violents, et cet ocre trois fois plus ocre des aurores qui se lèvent…

Ariana Barras

21/07/2016

DE NUIT ET D'AURORE

J’écoute le silence, j’allume ma lampe dans la flaque noire de la nuit, j’éclaire mon espace, la suie se replie. Mon ombre s’étale sur la table, mon esprit embué commence à se délester, s’éclipse du fond des choses et des espérances. Au sein de ces heures fichées hors du temps, rien ne m’étreint, ni ne me retient, je m’entreprends doucement. Tout m’appartient, je conduis ma volonté, je règne avec l’obscurité. Tout trempe dans la douceur, tout dort, enfin c’est ce que je veux croire, que le monde dort encore. Paisible, serein, que rien ne tremble, que rien ne pleure, que rien ne meurt.

Mes mots me pressent les mains, arbitraires, spontanés, je mets à jour ma nudité. La méfiance de propres endroits et de mes recoins. Je jauge la pendule qui balance au-dessus du verbe que je tente de forger avec élégance. Il me faut encore parler du temps qui me revient sans cesse pour me rattacher à la terre, à celle de mon avant, et de mon merveilleux Grand-Père, à la lumière fraîche qui pointe de nos Corbières, au temps des instants présents pour exister encore un peu au milieu de tout ça. Courbée sur le perron du monde, l’aurore arrive sur ses talons aiguilles avec ses senteurs de matin en fleurs, et tout ce qui nous vrille, sur toi et moi si futile à la surface, sur le peu que nous sommes, le peu que l’on sait, le peu que l’on a apprivoisé.

Dessoudés du bruit de nos défaites et de nos pertes, de nos existences de rien que l’on remplit de pas grand-chose, d’éclats de réverbères, d'agitations, de trompettes à la renommée éphémère sous le ricanement de la vie qui nous expulsera. Des irruptions et des révélations inattendues qui nous frappent, des fondements de nos envies endormies qui dirigent nos choix plus qu’ils ne les éclairent. Des désillusions qui fécondent nos craintes et nous tenaillent. De la prétention ostentatoire de croire que l’on gouverne demain alors que notre carte mémoire mène la danse.

Du peu d’emprise que l’on a sur tout ça, de la peur que ça nous flanque, et de l’écriture qui m'aide à en avoir en conjurant ce sentiment d’impuissance. De la prise de conscience de nos limites à courte portée et de l’apprentissage de l’humilité. Des jours à courir après des fortunes incertaines. De ce qu’il faut pour faire don de soi, de murs entiers de roses blanches, de suffisamment d’amour vrai et charnel, de quoi embraser un feu sucré et persistant pour empourprer le soleil.      

Ariana Barras     

18/07/2016

CE QUI RESTE DE DEMAIN

Je voudrais te dire encore tant de choses. Te parler de la rosée luisant à la première clarté. De nos terroirs qui s’étirent à l’aube comme des amants satisfaits. Des tuiles harassées qui se couchent à la fin du jour. Du souffle dans les feuilles au bord de la rivière. Te parler des villages paisibles où le temps semble reculer. Des rideaux de perles de bois qui tranchent la lumière sur le seuil des portes. De l’eau fraîche des fontaines qui façonnent des flaques sur les pavés. Des sourires francs qui circulent et des verres blancs qui tintent. Des chaises en bois usées, rompues à nos générosités.     

Des rangs de cyprès fiers et serrés formant leur muraille contre le vent, comme des frères d’armes courageux. Des cendres bleues de la nuit. Des orages qui morcèlent le paysage. Te parler de nos sillons lessivés. De cette terre mêlée à la sueur et au sang des hommes, charriant leurs misères entre leurs mains crevassées. De leurs regards rincés de larmes sous leurs fronts tannés. Du fond de l’espérance. Du parfum de garrigue, du raisin mûr et du vin. De la rocaille qui court sous nos pas. Des gouffres qui nous abîment.

Te parler des silences. Des saisons qui nous dépassent. De l’abondance d’avril. D’aujourd’hui qui s’effrite comme du sable sec. De la solitude nécessaire aux écrits. De la lumière qui s’empare du ciel. De la mélancolie qui rampe derrière nous. De demain qui viendra trop vite. Des jours juteux comme des fruits. Te parler des instants parfaits. Du temps qui fiche le camp. De ma main dans la tienne serrée contre toi. Et te dire qu’à nous deux, nous évoquons ces Corbières princières qui s’étalent sous nos yeux.    

Ariana Barras

13/07/2016

AUBE GRISE

En promenant mon chien à l’aube, je me souviens d’avoir caressé l’herbe et les fleurs, l’air était encore doux sur mes mains fraîches et mouillées. Et puis, quelque chose est venue s'écraser contre le mur granité, sous le dernier coup de poing du vent meurtrier. Ce n’était rien d’important, seulement mes mots insignifiants, ma respiration, un mince filet de sang. Par bonheur, il y a toujours ceux qui vous rappellent ce que vous n’êtes pas.

J'écris des phrases mortes comme des feuilles, dont il ne reste rien après qu’un souffle soit passé. Ce rien qui demeure lorsque l'inutile s'est retiré, pas même le gravât de ce jour. Aussi inutile qu'un amour qui ne sert à rien, mais qui ne saurait se défaire sans se débarrasser de soi. Comme une tumeur qui ronge à l'intérieur ce qui reste de meilleur. Et plus les années passent sur nos amas de papiers jaunis, plus elles laissent une bouillie de souvenirs saumâtres, qui se finit sur les absents, les nostalgies, et les erreurs.

Enfin, ce ne sont que mes petites misères tombées à terre, le chaos de ma petite vie, qui ne t’empêche pas de fermer les yeux sans ciller sur la mienne, pour continuer à vivre la tienne. Il fallait bien que je paie cash cet amour mal adossé, pour le coup j’ai pris un peu de retard pour partager la joie de ce que tu viens de gagner ! Je ne sais pas, je crois que je suis à côté de moi, les instants s‘accrochent aux heures, mes lignes s'écorchent et se perdent, j’ai la nausée, la tête alourdie, tout ça est mal écrit, tranché par la pluie…

Mais quand la lumière ne creusera plus le ciel, je pourrais fermer mes paupières fatiguées comme aujourd’hui sur mes dernières volontés. Et toute la lie, tout cet or, et ton nom, tout ce que j'ai dans le cœur se consumera avec moi dans le dernier feu qui m'emportera. Un beau matin éclaté d'indifférence comme celui-ci, où je prendrais dans mes bras le sifflement du silence, les grondements et les larmes froides du vent.         

Ariana Barras