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21/07/2016

DE NUIT ET D'AURORE

J’écoute le silence, j’allume ma lampe dans la flaque noire de la nuit, j’éclaire mon espace, la suie se replie. Mon ombre s’étale sur la table, mon esprit embué commence à se délester, s’éclipse du fond des choses et des espérances. Au sein de ces heures fichées hors du temps, rien ne m’étreint, ni ne me retient, je m’entreprends doucement. Tout m’appartient, je conduis ma volonté, je règne avec l’obscurité. Tout trempe dans la douceur, tout dort, enfin c’est ce que je veux croire, que le monde dort encore. Paisible, serein, que rien ne tremble, que rien ne pleure, que rien ne meurt.

Mes mots me pressent les mains, arbitraires, spontanés, je mets à jour ma nudité. La méfiance de propres endroits et de mes recoins. Je jauge la pendule qui balance au-dessus du verbe que je tente de forger avec élégance. Il me faut encore parler du temps qui me revient sans cesse pour me rattacher à la terre, à celle de mon avant, et de mon merveilleux Grand-Père, à la lumière fraîche qui pointe de nos Corbières, au temps des instants présents pour exister encore un peu au milieu de tout ça. Courbée sur le perron du monde, l’aurore arrive sur ses talons aiguilles avec ses senteurs de matin en fleurs, et tout ce qui nous vrille, sur toi et moi si futile à la surface, sur le peu que nous sommes, le peu que l’on sait, le peu que l’on a apprivoisé.

Dessoudés du bruit de nos défaites et de nos pertes, de nos existences de rien que l’on remplit de pas grand-chose, d’éclats de réverbères, d'agitations, de trompettes à la renommée éphémère sous le ricanement de la vie qui nous expulsera. Des irruptions et des révélations inattendues qui nous frappent, des fondements de nos envies endormies qui dirigent nos choix plus qu’ils ne les éclairent. Des désillusions qui fécondent nos craintes et nous tenaillent. De la prétention ostentatoire de croire que l’on gouverne demain alors que notre carte mémoire mène la danse.

Du peu d’emprise que l’on a sur tout ça, de la peur que ça nous flanque, et de l’écriture qui m'aide à en avoir en conjurant ce sentiment d’impuissance. De la prise de conscience de nos limites à courte portée et de l’apprentissage de l’humilité. Des jours à courir après des fortunes incertaines. De ce qu’il faut pour faire don de soi, de murs entiers de roses blanches, de suffisamment d’amour vrai et charnel, de quoi embraser un feu sucré et persistant pour empourprer le soleil.      

Ariana Barras     

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