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13/07/2016

AUBE GRISE

En promenant mon chien à l’aube, je me souviens d’avoir caressé l’herbe et les fleurs, l’air était encore doux sur mes mains fraîches et mouillées. Et puis, quelque chose est venue s'écraser contre le mur granité, sous le dernier coup de poing du vent meurtrier. Ce n’était rien d’important, seulement mes mots insignifiants, ma respiration, un mince filet de sang. Par bonheur, il y a toujours ceux qui vous rappellent ce que vous n’êtes pas.

J'écris des phrases mortes comme des feuilles, dont il ne reste rien après qu’un souffle soit passé. Ce rien qui demeure lorsque l'inutile s'est retiré, pas même le gravât de ce jour. Aussi inutile qu'un amour qui ne sert à rien, mais qui ne saurait se défaire sans se débarrasser de soi. Comme une tumeur qui ronge à l'intérieur ce qui reste de meilleur. Et plus les années passent sur nos amas de papiers jaunis, plus elles laissent une bouillie de souvenirs saumâtres, qui se finit sur les absents, les nostalgies, et les erreurs.

Enfin, ce ne sont que mes petites misères tombées à terre, le chaos de ma petite vie, qui ne t’empêche pas de fermer les yeux sans ciller sur la mienne, pour continuer à vivre la tienne. Il fallait bien que je paie cash cet amour mal adossé, pour le coup j’ai pris un peu de retard pour partager la joie de ce que tu viens de gagner ! Je ne sais pas, je crois que je suis à côté de moi, les instants s‘accrochent aux heures, mes lignes s'écorchent et se perdent, j’ai la nausée, la tête alourdie, tout ça est mal écrit, tranché par la pluie…

Mais quand la lumière ne creusera plus le ciel, je pourrais fermer mes paupières fatiguées comme aujourd’hui sur mes dernières volontés. Et toute la lie, tout cet or, et ton nom, tout ce que j'ai dans le cœur se consumera avec moi dans le dernier feu qui m'emportera. Un beau matin éclaté d'indifférence comme celui-ci, où je prendrais dans mes bras le sifflement du silence, les grondements et les larmes froides du vent.         

Ariana Barras

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