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05/07/2016

MIREILLE

Au milieu de cette Provence de saintes croyances, de crèches de Noël et de santons, il faut bien dire qu’on lui raconte toutes nos misères au Bon Dieu ; on le prie, on l’implore et les églises s'illuminent sous la flamme des cierges, et le brasier des sentiers de processions vient flatter le ciel de clarté divine. Dans ces terres baptisées au parfum poétique de garrigue, faites de bonheurs simples, de labeurs, et de bonnes veillées, les paysans savent ce qu’ils doivent savoir. Dès les premières heures du jour, chacun vaque à sa besogne, on moissonne, on fane, on garde les troupeaux, on vendange, on laboure... Et la vie coule paisiblement sur ces sourires contents, où la joie des uns fait la joie des autres.     

Ainsi au matin de la Saint Jean, les magnanarelles, chantent et songent au prince charmant en cueillant les mûriers. Mais notre Mireille à nous, coiffée de la grâce de ses rubans, rehaussant sa poitrine corsetée sur ses longs jupons d’Arlésienne, a le cœur vrai, et le rêve plus discret, celui d’épouser son humble vannier, son Vincent, son bien aimé. Tandis que pour l'heure les amoureux font serment de se rendre aux Saintes en cas de malheur, et vivent leur amour à la farandole d’Arles ; Taven, la sorcière du Val d’Enfer plus brave que mauvaise femme, prévient Mireille que quelques prétendants se la querellent, dont Ourrias, riche bouvier, qu’elle s’empresse de repousser.  

Hélas ici comme ailleurs, la mésalliance entre une fille de riche propriétaire et d’un pauvre vannier ne promet rien de bon. C'est alors que furieux, le père de Mireille étouffé d’orgueil, fauche sans détour ce péril, et les hommes de familles ne tardent pas à se ferrailler sous le regard des enfants brisés de désespoir. Cependant la tragédie qui en voulait encore, poursuit la frénésie de sa course insatisfaite dans le Val d’Enfer, jusque dans le sang bouillonnant d’Ourrias, qui dévoré de jalousie à la vue de Vincent, lui assène un terrible coup trident, le laissant pour mort sur le chemin. Accablée de tourment, notre Mireille vidée de toute vanité, s'en va porter ses plaintes et ses trésors en offrandes aux Saintes Maries de la mer. Dévastée de faiblesse sous la morsure cuisante du soleil, elle succombe avant de se ressaisir à travers ce désert brûlant des plaines de la Crau, qu’elle franchit comme une disciple pleine de Dieu traversant la Samarie.       

Enfin arrivée en sa terre de Judée, au sein de la vieille chapelle, exaltée par une voix céleste qui l’appelle ; Mireille exténuée d’épuisement s’élève doucement vers les portes du ciel dans les bras de Vincent l’ayant rejoint, telle une pure bénie de rosée, comme une bonne nouvelle en gloire parmi les vierges sacrées. Depuis lors sanctifiée dans le cœur de chacun, la fiancée secrète de tous les provençaux, notre belle Mireille porte en elle la vie éternelle et toute l’âme fidèle de la Provence. Aussi, dans ce merveilleux pays tant chéri, comme dans nos si chères et nobles Corbières, tout transpire la sève des oliviers, des raisins d'or, des amandiers, et des pins parasol ; et on en vient à penser qu’il faudrait absoudre le ciel pour avoir comblé de beauté et de bienfaits, ces sublimes contrées levées comme des épis de blé.

Ariana Barras 

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