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25/06/2016

ESTUAIRE CARRE

Quand sonne la nécessité de faire circuler la parole au milieu de ce triangle entre le face à face de mon huis clos intérieur, et ce blog qui me supporte avec sa petite épreuve de passage toujours là, dans ce couloir étroit et sa petite douleur. Je termine de l’autre côté, pour me rassembler augmentée d'une sensation de court dépassement de soi, comme récompensée par la modeste obole de la conciliation.    

Et tant qu’à me découdre les viscères, je continue de me creuser toujours davantage dans ce cambouis intérieur, qui me laisse les mains sales dès que j’y plonge, en explorant ce que l’on nomme notre « humanité ». Du coup j'aligne tout ça, comme une tentative d’avoir une prise sur la petite boue de l’existence, qui s’immisce partout au fil des pages comme l’eau qui me charrie au milieu de la vie, et dont je demande parfois si nous sommes faits pour la vivre ainsi. Toujours à l’aplomb du vide et de la perte des hommes, du précipice du monde qui nous attend au détour d’un dernier dérapage qui nous sera fatal !

Pour décrire tout ça, j’ai parfois envie que mes mots soient laids, qu’ils répugnent, me vomissent comme du poisson pas frais. Qu’ils soient à fond de cale et qu’ils y restent, qu’ils sentent la rouille, qu’ils soient un cri de tôle insupportable. Mais bon chacun s’y trouve avec suffisamment d’occupations et de convictions, pour ne pas trop la planter droit dans les yeux à se détraquer le système ! Et constater que nous sommes tous remisés dans des salles d’attente comme des voyageurs condamnés sans le goût ni l’ivresse du voyage.    

Alors chacun la sienne, que l’on meuble d’objets usés, de nobles intentions, de souvenirs remisés, de terre de cimetière, de ciels cendrés, de flaques d’eau. La mienne est  fourbue de mots, de tragédies en musique et de musique sans voix, de projets essentiels, de saveur crémeuse, de doigts crispées sur des crayons et des pinceaux, de ton odeur musquée à l’aube, de silence de taiseux qui écrit et de murs lisses. D’un miroir pour cerner mes yeux de noir et maquiller ma bouche, que je truque d’un sourire pour duper les jours sans roulements ni tambours, en attendant d’écouter le frémissement de ta peau.          

Ariana Barras   

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