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23/06/2016

PRÉSAGES

Que le chemin de l’existence consistant à se connaître soi-même m’est insuffisant. Que la géographie d’une étendue découverte sans partager avec toi le sel de la vie me morcelle. Que tes états dégoulinent en moi comme un ruisseau fait sa veine dans son lit. Que le temps prévoit déjà ton visage et tes yeux s'éclairer dans les miens. Que mon âme s'endort auprès de la tienne, et que c'est ainsi.

Même si le foyer des sentiments ne nous épargne ni de l’orient, ni des années qui nous blanchiront ensemble. Il nous réchauffe de lumière et d’amour, ralenti un peu la course du vent qui nous pousse comme des feuilles mortes et les jours qui nous dépassent. Il fait briller nos rires à la belle étoile comme sur des allées mouillées. Voilà sans guillemets ce que je voulais te livrer.  

Je n’ai rien laissé mourir, comment le pourrais-je ! Alors comme un simple soldat sans autre distinction que son cœur et ces mots en guise de munition. Je voulais flanquer par terre ce billet de voyageuse de nuit, que tu m’as refilée sur un quai de gare désert après m’avoir terrassée, pour dessiner avec toi le sillage d’un nouveau voyage…       

Mais j'ai manqué d’audace, enfermée par ta difficulté à traduire tes volontés et ta préférence à remettre nos lendemains aux mains du destin. Tu as constaté que les mots se font plus pénibles après s’être égarés au milieu d’un delta solitaire. Tu sais chaque fois qu’ils arrivent en moi, ils m’étranglent, me resserrent, et je m’essouffle comme un apnéïste en manque d’air. Je me retrouve au bord du vide, saisie par la crainte de tomber de la falaise. J’ai seulement peur de manquer ta main.

Je sais pourtant qu’il n’y a que quelques mètres à descendre, que c’est seulement un escalier entre ciel et terre. Une vallée baignée de rosée et de lumière, bordée de collines jaunes, du sang des vignes et des oliviers, aux senteurs de thym et de fleurs d'amandiers. C’est étrange, en écrivant j’ai acquis le pressentiment que la fin de l’été nous attend, que la nuit sera belle, que tu seras doux, et que pour te ramener au monde je te dirais simplement mon amour. Ce qui nous manque, ce sont ces matins ranimés par le jour…         

Ariana Barras           

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