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10/04/2016

FAUTEUIL ET LUMIERE

Subitement la perforation de l’air se remplit des débris du silence, et les sentiments convenus et contenus, s’écoulent hors du trait. L’émotion arrive comme le vent qui se cogne à tout, elle s’accroche à nos visages. Il en est fini de l’infime, de la tiédeur, de la chose ordonnée, resserrée dans un coin.

Le spectateur s’emporte dans l’ivresse de l’espace submergée par la vague de la respiration, du timbre et du son. La semence du plaisir immédiat infuse la peau d’une joie sensible et dévorante. La perception du temps s’efface.

La voix éclate, la technique succombe, elle est présente sans être là, si absolue qu’elle en devient transparente. Puis, la forme se dissipe, ne subsiste alors que l’intention pure, intégrant l’air, les musiciens, la salle, le moindre bruit ou léger souffle. L’artiste se fait instrument passeur d’émotions, il est la corde qui entre en vibration avec ce tout.

Le public n’est plus une cavité profonde, effrayante, une muraille de pierres sèches et glacées. Il quitte doucement l’inconnu, s’embrase, déborde d’extase, déverse sa chaleur sur l’artiste qui le voit et le regarde. Soudain, il peut les toucher, il sait que sa voix et sa note sont justes, il rayonne au plus loin, resplendit jusqu’à ceux posés au dernier rang, estampe les murs de la salle.

Le spectateur s’inonde en lui-même d’une liberté audacieuse, vivace. Les émotions lui parviennent claires, le soulèvent et l'émeuvent, devance sa flamme. L’interprète est pleinement dans l’intention de soi. Il se sait au centre de la scène où tout se trouble et vacille, au bord de sa mise en abîme. Il n’est plus que présence entière et souveraine, se fond dans l’unité qui le sature, alors le don absolu rejoint l’immensité.

Ne persiste que le partage pur, la voix et l’œuvre ouvertes au monde, les brassées d'acclamation, les larmes d’émoi ourlées aux abords des yeux, et le caprice des sourires assouvis de délice.

Ariana Barras

Commentaires

Ton talent est plus vaste et plus profond que le mien et j'en suis sincèrement ravi. J'aurais juste servi à te provoquer sur ce chantier parce que je devinais ce que tu portais. Tu sais désormais descendre comme un apnéiste. Je te supplie de persévérer et de n'avoir aucune gène à prouver que tu existes et d'accepter que l'écriture n'est pas seulement un échappatoire... il est un moyen de locomotion.

Écrit par : Savall d'Arvo | 11/04/2016

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