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09/01/2017

LA TUNIQUE SOMBRE DES NUAGES

Heureusement il y a des lendemains pour nettoyer les cendres d’hier. Si ce fauteur de troubles n’était venu relancer la bête avec sa virulence pour réduire l’horizon. Si je n’avais pas pris l’écriture pour un refuge le temps qu’il vide le ciel, mon acuité et ma concentration ne seraient pas allées roder ailleurs. La fraîcheur du matin dans l’ascension tempérée de la lumière, l'éclat de nos rires, l'art des petits riens, et sur la nappe l'ombre du café noir tressée aux vapeurs de thé. Dimanche s’annonçait plutôt bien.

Puis notre débat passionné autour de ses manipulations sémantiques qui me sont allergènes. Avec cette hypocrisie du vivre ensemble dissimulant la démission de nos instances dirigeantes. Et l'intelligence humaine ciment supposé du joyau de la fraternité. Sans trop m’attarder, accorde-moi de désigner l'utopie pour ce qu'elle est, un remarquable moteur pour se dépasser, une espérance louable pour s'élever, un levier pour le progrès.

Mais dans ce décor d’influences la dimension universelle prend les allures d'une sauce industrielle qu'il faut commercialiser à tout prix comme un consolateur. Alors même si tous les gars du monde ne s'installent pas à la table du partage dès demain. Continuons à nous améliorer en travaillant nos relations immédiates. Et fasse que ces gouttes d'eau tombent en pluies fines sur nos parvis pour les faire briller.

Ariana Barras  

08/01/2017

LIENS FRATERNELS ET PARADOXES

Incommodée par les discours amollissants des tenants de la fraternité universelle dissolvant les clivages, et les conflits de tous ordres en exhortant à l’utopie de la réconciliation collective. Frappés par notre quotidien et les médias, comment rester convaincus que l’intelligence humaine parvienne à unifier les différences, à rapprocher quand tout oppose, là où l’aiguillon des passions et des convoitises règne en despote ?

Nous sommes notre principal obstacle à l’avènement d’une ère de pacification. Est-il nécessaire de rappeler les prédispositions naturelles de l’homme à s’opposer pour dominer, à asseoir son pouvoir sur autrui pour se maintenir tout en haut de la hiérarchie afin de s’assurer de sa propre survie. Attitude sans doute conditionnée par l’ancrage profond d’une peur instinctive, animale, suscitant ces comportements de dominants/dominés. Peut-on réellement vaincre ces peurs ? L’accès équitable aux ressources est-il un moyen suffisant pour envisager sereinement le futur de l’humanité ?

Et pourtant en arrière-plan de tout ça, des liens si nombreux unissent les hommes, comme si nous avions le besoin impérieux de créer du lien. Avec nos élans d’empathie, et de solidarité affluant de toutes parts notamment au milieu des heures noires, manifestant semble-t-il la nécessité de se resserrer autour d’une espérance commune.

Nous faut-il être face à des situations d’urgences pour que ce lien t’interdépendance entre les hommes surgisse et fasse de nous des Êtres humains ? Nous mettons tant de précision à détruire ce qui nous unit, et paradoxalement à nous unir dans ces déchirures et ces ruptures, comme nous mettons tant d’application à nous unir à nouveau par détermination. Au-delà de ces contradictions, gageons qu’au plus profond de nous-même, nous nous sentions réellement responsables de l’existence de l’autre, responsables de la Vie et du Monde.     

Ariana Barras    

05/01/2017

LE SENS DE SOI

Je ne possède toujours pas la définition du bonheur, sans quoi je vous livrerais la recette comme je transmets parfois mes secrets culinaires. Néanmoins, je sais la saveur du plaisir, la sensation du désir, l’émotion de l’instant, de la découverte, de ce qui m’envahit quand la beauté est saisissable, quand la splendeur du génie s’empare de mon regard, ou quand les notes inondent mes sens comme une vague.

Tout ce qui me traverse me rend si vivante. Tout ce que je crée me dit que j’existe. Chaque matin j’entends clairement l’appel inexorable de la vie, la rougeur du présent ici et maintenant, de celui où je veux être, de celui où je suis. Je savoure le don de la vie comme quelqu’un qui renait au monde.

Quant aux jours passés, tu devrais savoir que je déteste la mémoire de l’oubli. Sans aucune complaisance pour les souffrances non méritées dont j’ai fait la récente traversée, je garde néanmoins dans mon cœur le plus précieux. En revanche j’ai une entière bienveillance envers moi-même pour cette sortie victorieuse !

Alors je marche, et je continuerai ainsi jusqu’à l’avant de mon dernier silence, où je trouverais bien quelques arguments pour négocier convenablement les conditions de cette ultime randonnée.

Mais pour l’heure, si tu savais mon désir d’exister, de découvrir, et de vivre, et d’ailleurs, c’est peut-être là une définition du bonheur !

Ariana Barras  

03/01/2017

LE PUITS DE L'ENFANCE

Descendre au puits de l’être pour se raconter invite fatalement à s’immerger dans le puit de l’enfance que j’ai décrit à l’encre noire du vide laissé pour m’inclure dans ce qui fût et ce qui est. Nous avons tous un puits en mémoire au fond d’un jardin. Le mien s’illustrait par deux fers forgés croisés en ogive semblant se recourber sous la charge des seaux d’eau. Bordé par le miroir de sa margelle luisante clairsemée de fleurs, de ses pierres grisâtres travaillées par l’humidité et le temps, patient comme l’eau dormante et altier sans être vraiment fier.

Cet antre dont je ne m’approchais que protégée par la main robuste de mon Grand Père renfermait étrangement toutes mes peurs. La noirceur de l’obscurité, le silence sourd et le froid funeste des choses qui se meurent, me renvoyaient à l’autre versant sombre de ma petite existence. Cette enfance paradoxale a construit ma pensée, en éprouvant la claire conscience qu’il était fondamental de connaitre la mélancolie de l’obscurité pour embrasser toute la profondeur de la lumière. Et si les cycles replacent l’homme au centre de l’univers, c’est aussi pour mieux nettoyer sa pensée en le ramenant à ce qu’il est, une infime goutte d’eau au milieu de ton étang.

Quelque part dans ce loin, il m’est apparu que l’harmonie se nichait dans ma capacité à transcender la disgrâce en beauté. Alors au milieu de ce fracas de nuances j’ai puisé à foison la source de ma joie de vivre, la force et le désir de saisir dans mes bras l’invitation de la vie reçue par brassées dans ces jours dorés m’annonçant souveraine au bord du monde qui m’appartenait, comme les portes de cette année qui s’esquissent pleine de clarté !  

Ariana Barras  

25/12/2016

POUSSIERES D'ETOILES

Ne sais-tu pas qu’il en est de la vie comme il en est des Êtres ? Pour prétendre « aimer », il faut en aimer aussi les aspérités. C’est ainsi que j’ai appris à aimer la vie, en prenant d’elle toutes ces heures à la fois et non pas seulement ces soleils. Le manteau de pénitent m’a paru parfois très lourd, tellement injuste dans mon cœur d’enfant et de femme tant de fois bleui.

Néanmoins la souffrance demeure un révélateur de connaissance de soi et de vérités intimes. Et ces sentiers si peu carrossables m’ont divulgués toutes mes richesses que je vois briller comme un petit jardin d’étoiles. Inlassablement émerveillée de mes forces, de mon désir de vivre toujours supérieur à la volonté que les autres ont eu à m’anéantir !

J’ai appris à jouir de l’instant comme peu, des cailloux blancs insignifiants semés dans mes allées comme des résidus de lumière. Consciente que la vie se tient à ma fenêtre quand je m’endors, préparant tous ses fruits, ses silences délectables, ses buissons d’oiseaux. Quel que soit sa parure, je reste en haleine devant elle, prête à saisir ses trésors comme une voyageuse passionnée s’emploie à prendre le bonheur en otage. Tout comme j’accepte ton geste attentionné. Saurais-je être insensible aux fleurs du bien ?

Alors je t’offre pour quelques instants de voir la féerie de Noël se fermer avec mes yeux. Cette nuit déjà avancée orange et noire où tout se mêle et se reprend, ravivant les courbes amoureuses de la lune et la foudre merveilleuse de ses reflets comme la plus belle des eaux renversée sur les cimes blanches et la nudité de la terre, on croirait presque un ciel de tendresse s’écoulant sur nos joues.

Ariana Barras