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11/08/2017

NOTES MAJEURES

Le crépuscule abat le chapelet de ses heures vaines, le fuseau de son mal sauvage et silencieux. Ses recoins insondables où le cadran s’éteint inachevé sans jamais pouvoir t’aimer. La nuit est faite de nombreuses nuits, et de sommeils de lune. Du fond de ces songes clos, le matin revient dans un mouvement de lys. La clarté tombe droite et verticale, ruisselle doucement avec nos baisers voyageurs comme une étoile qui dévale.

Que veux-tu que je fasse ? Géographe étonnée, je célèbre le chemin du destin pas après pas. Mes pas qui égrènent l’épaisseur terrestre, le murmure tranquille des pierres, où les sentiers modestes et victorieux tant parcourus délivrent encore leurs secrets. J’avance avec ma conversation interminable creusée comme un puits d’éternité. Je me désaltère du vent et de la pluie, de l’air qui frémit. Ancrée dans la vie, dans une parole qui éclaire, dans l’art qui nourrit, dans la grâce qui me dérobe à la terre, dans ton sourire, dans l’éclat de nos rires. En moi, tu ne cesses d'aller et venir.

Le parfum du ravissement murit l’horizon comme un oiseau de feu. Il y a là tant d’eaux célestes et de brûlures. Jusqu’au point du jour, je trace ta géographie des doigts de l’amour. Au creux des forges de tes mains tournent mes hanches opalines. Fleuves de lait et de rosée, petit monde de collines, de vallées et de rivières labourés par ton corps. Je vis dans l’atlas de ton port, dans la terre que tu es, comme une fleur nocturne c’est avec toi que je m’endors.

Ariana Barras    

23/07/2017

LA FIANCEE DES EAUX 2

A bord de ce vaisseau tournant avec les astres d’un bout à l’autre du ciel. Je n’étais rien. Rien de plus que ce je que je valais. En mer on ne masque pas ses faiblesses. Je consommais le pain de mon courage, de la persévérance, de la force et de l’endurance. Chacun à sa manœuvre avec rigueur. Les conversations se faisaient rares. Je me cherchais pas à pas dans un silence léger. J’étais en moi. Dans ma sérénité. Quitter sa zone de confort pour s’exposer, amène à se révéler. Au fil de l’eau, j’ai découvert la fragilité de mes certitudes, la modestie de mes vérités, et au besoin la sagesse de savoir s’en délester.

Par mer d’huile, mon esprit s'égarait dans la lumière. Armée de mes carnets, j’agençais mes sensations de navigateur éphémère, de cherchant solitaire. L’alpha et l’oméga des cycles. Les distances mouillées. L’écho léger de l’aube. L’émerveillement de ce qui change et demeure. Le métal bleu de l’eau. La ruade de l’air frais. Le ciel radieux sur la tête des mâts flanqués comme des flèches naturelles. L’ombre trépidante autour du bateau nimbé de clarté. Le crépuscule flambant qui abolissait mes paradoxes. Tout me remettait à la vie comme toi aujourd’hui.

Chaque creux m’ouvrait une nouvelle réalité, je cheminais vers la géographie de ma destination à ne plus avoir que la terre comme alliée. Songeant parfois à un temps où l’homme agissant comme un explorateur se surpassait sans rechercher pouvoir ou fortune. A un temps où l’homme conscient d’être si peu, s’essayait seulement à prouver non pas sa grandeur mais celle des hommes. Entrée par la porte du monde, le pouls un peu plus fort. Sous les hanches de la lune, embarquée sur les reins de la mer comme une héritière de fortune, je recevais la sentence de la liberté, le travail du vent, et le chant prodigieux de l’univers.   

Ariana Barras  

22/07/2017

LA FIANCEE DES EAUX 1

Part le châssis de pierres de ma lucarne taillée aux ciseaux d’un artisan, du sol jaillit la rouille du temps. Je voudrais tant ajouter une vie à ma vie. Nous nous sommes si peu dits. J’ai tant encore à t’écrire. Tant d’humbles poésies. Tant de moi à te dire. Processions de récits, de sagesses et de philosophies qui m’ont façonnée comme on éparpille de petits secrets. Dans les fragments vaincus, la nuit s’abat déjà. La lune lisse et ronde quitte le souterrain du monde pour venir s’accrocher dans l’immensité. De ce lac profond émerge la proue soyeuse des étoiles et leurs nageoires détachées. Un raz de marée d’argent se lance sur l’océan. Mon vaisseau est point renaissant, une embarcation promise au vent. Sa flèche trempe dans les eaux en mouvements.

En mémoire mes années de navigation. A sentir ce sol mouvant dans le vaste magistral. A être replacée sans cesse dans ma condition fragile d’humain impuissant. L’observation n’est pas nécessairement rassurante et dès les premiers actes, la mer pondère immédiatement les éventuelles velléités contestataires. La confrontation avec les éléments enseigne l’humilité. Comme les brisants que l’on traverse dans l’existence.

Un retour de baume qui t’expédie par-dessus bord, la décharge des vagues d’un gros temps, une tempête qui frappe la coque comme des mains de pierre, le martèlement sourd des fracas angoissants, la crainte de l’avarie, de se blesser, ou pire celle de démâter… Celui grisé par ses victoires terrestres redescend très vite de son image hypertrophiée. La véritable victoire est celle que l’on emporte sur soi. Humble et discrète. Loin des marches de la démonstration et des honneurs. Loin du désir de briller.

Ariana Barras   

07/07/2017

POUR LE PEU ET L'IMMENSE

Décrire les thèmes éternels qui possèdent l’homme. L’humble quotidien flanqué d’objets, de rites et de labeur. Les constructions humaines, les rencontres fraternelles, le déchainement élémentaire de la misère trouvent ici leurs mots. Le jour glacé des endeuillés qui tombe avec sa rectitude d’argent sous le regard de la lune antique quand un F. nous quittent… Cependant que l’ombre usée déserte le plus petit ourlet dans cette contrée que pillent les rayons, la clarté s’abat solide et blanche à l’aplomb de nos instances.

Rues et ruelles se taisent. Mouvements de la raison et des hommes s’apaisent. Les contrastes des Êtres se déclarent et se résolvent. Doucement l’intelligence consume les résistances. La plénitude et la transparence de la pensée attendrissent l’âcre et la dureté des pierres dans un fleur à fleur avec la terre. Le paysage se fend d’une infinie subtilité comme la pluie légère d’une conscience innocente sur le seuil de nos inadvertances. Parfois, il y a des correspondances entre soi et le vaste qui s’étale. Une résonance entre ces deux images qui raconte tout ce qui fait le monde. L’air se trempe d’une tendresse générale. Monte vers ceux qui l’attendent.

Tout semble comme hier. Comme le sont les choses éternelles. L’invisible et l’insondable Grand Mystère. Les cohortes de cherchants solitaires cheminant sans limites vers la connaissance. Le chant des hommes cloués à la terre qui cherchent le salut. Moi qui conforte mes  perceptions, force ma pensée, puis reconsidère mon tracé. Au sommet de mon petit territoire flambe toute une vie de persévérance tendue vers la qualité de mon ouvrage et l’art de le pérenniser. Sans doute pour suivre encore un peu ma trace sur le sable, et retrouver encore ton âme, ta poitrine, et ta bouche si remarquablement consacrée au verbe et au feu de mes baisers.

Ariana Barras  

21/06/2017

LE FEU QUI SE REPETE

Avec tes rimes pures suspendues comme des lacs d’eau. Avec tout le pain de tes mots, ceux écrits en hauteur et en épaisseur, et ceux écrits au secret de ton cœur, au petit jour, tu m’as fait reine de ta chair, et princesse de tes os. Artisans couturiers de nos billets, nous possédons le modeste et merveilleux exercice de faire rejoindre nos fleuves en déchirant la distance comme un feuillet. A cause de tout, de nous, de l'instant présent, de demain, et de bien plus loin.  

Contre ta poitrine, le temps solde ses comptes, se suspend, s’éternise, se détache de la grande horloge balançant son arrogance. Inestimable trésor dominant toutes mes pensées. Je m’endors sur ton nom en foulant les eaux dormantes du sommeil comme on foule du raisin mûr. Chaque matin est un début de concert permanent. Le roulement d’une petite pluie. La bataille des fleurs dans le battement des pétales mouillées. Les ilots de pierres de nos Corbières dressées comme les ombres vespérales des cohortes romaines. Les chemins courant comme de jeunes rois entre vignes et genets.

De mes yeux de nuit à mes yeux de jour, tout me ramène vers le miel lourd assiégeant le fond du ciel et le jus sucré de nos baisers. J’écoute le petit bruit de mon existence qui te devine et celui de ton souffle au bord de tes lèvres, la chaleur fraîche de tes bras étreignant ma taille comme un fruit, mes hanches de lune où tes doigts s’enracinent. Avec cette sorte d’interdiction inépuisable de m’en détacher. Il nous tombe tous les parfums du monde d’une charpente d’or et de cédrat. Comme une manière de tendresse, la voûte verse doucement sur nous son puits d’éternité. Notre chapelle en feu renverse le soir comme une église réveillée. Tu es là à me tendre la vie. Avec mon amour qui n’a de cesse et le tien qui te consume. Explorateur de mes frontières auquel j’ouvre à jamais l’infini qui t’es destiné.

Ariana Barras